Il existe une pratique dans le shibari qui consiste à n’utiliser qu’une seule corde. Tantôt appelée ichinawa, tantôt ipponnawa, cette technique contraint l’encordeur a être au plus près de son modèle. Pour l’avoir testé d’abord en tant qu’encordeuse, puis en tant qu’encordée, j’ai vraiment apprécié la simplicité couplée à l’exigence de l’exercice. Ici, pas besoin de savoir faire des figures complexes, tout est dans l’intention et dans le contact avec l’autre. Comme le montre cette vidéo de Gorgone ou celle incluse dans ce post avec Esinem, c’est une pratique assez intense pour les deux participants.
En tant qu’encordeuse, je me suis sentie plus libre dans le sens où j’avais moins à réfléchir à mes figures. Mon énergie était investie dans le mouvement, dans la tension de la corde, dans le changement de rythme et dans le rapport à l’autre corps qui devient presque un poids mort. Il s’agit de le manipuler comme s’il s’agissait d’un pantin avec l’idée de lui faire perdre ses repères pour l’aider à se laisser aller complètement. Bien sûr, comme je suis très intime avec mon partenaire, c’était d’autant plus fort. J’ai adoré pouvoir ressentir aussi fortement la connexion entre nous et j’ai adoré faire vivre ce beau moment de lâcher-prise à mon encordé. J’ai bien compris qu’il y reviendrait à l’occasion et ce sera avec beaucoup de plaisir pour moi aussi.
En tant qu’encordée, avec une personne ayant déjà une bonne maîtrise des cordes, l’expérience fut plus intense. Pour lui comme pour moi. Le fait de ne pas avoir à bloquer la corde permet de jouer plus subtilement avec la douleur. Elle était souvent plus vive, mais moins prolongée dans le temps, et plus variée. Là encore, j’ai adoré… même si je me souviens de peu de choses. Je me suis vraiment laissé porter. Mon encordeur, lui, a fini en sueur et fatigué. Ça demande beaucoup de concentration malgré tout, même si elle n’a rien à voir avec celle requise pour les suspensions, par exemple.
Je ne sais pas comment nous étions passés à côté de cette pratique, mais elle présente beaucoup d’avantages, notamment pour la mise en œuvre (une corde, travail au sol, risques limités), et procure beaucoup d’émotions. Je crois que nous avons eu une révélation. Une de plus.