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Une jeune femme, dont la vie sexuelle laisse apparaître un certain goût pour la soumission, rencontre un homme, J.-P, sur le minitel, puis lui raconte dans le détail ses nuits dans les clubs échangistes, dans les parkings. Celui qui voulait « ramener à la vie, sauver son amour », cette femme sexuellement dépendante des affres de l’autodestruction, va accepter de devenir son Maître pour faire vivre ses fantasmes à la femme qu’il aime.
Écrit sous forme de correspondance, ce récit plonge le lecteur dans le monde secret des relations sadomasochistes, et plus précisément dans l’intimité d’un couple maître-soumise. Loin de l’univers lisse d’Histoire d’O, le témoignage de Salomé rend compte du caractère extrême des situations et des pratiques corporelles qu’un tel engagement suppose, avec ses dérapages, mais sans en éluder la dimension amoureuse, psychologique, les doutes, les hésitations, les troubles qui l’accompagnent.
Finalement, ce dont ce livre m’aura définitivement convaincue, c’est que j’ai eu raison de prendre ma sexualité en main et de plier le BDSM à mes besoins et envies plutôt que de laisser quelqu’un d’autre décider de ce que je devais être et faire à ma place. Parce qu’à la fin, c’est mon corps, ma santé mentale et mon individualité qui sont en jeu et j’en serai toujours seule responsable.
Cette punition consiste non seulement à m’absoudre des transgressions diverses aux douze règles, mais surtout a pour but d’éteindre la parcelle de fierté qui Vous agace tant dans mon âme. Car, Vous avez raison, malgré ma soumission, il m’arrive encore d’être rebelle. Non pas à Vos ordres, généralement pas, mais rebelle dans mon attitude, à cause de cette petite étincelle qui brille parfois dans mes prunelles. Cette bluette, il me faut l’étouffer car le premier engagement d’une soumise est l’acceptation de son renoncement. Une soumise se renie elle-même, elle n’a plus d’existence propre puisqu’elle appartient à son Maître, puisqu’elle est son esclave.Au temps où l’esclavage n’était pas aboli, les ilotes n’avaient ni âme ni droits. Leur Maître avait droit de vie et de mort sur eux. Être soumise, c’est se rendre esclave et aimer porter ses chaînes, les trouver légères puisque tel est le plaisir de son Maître. Mais une soumise doit également se persuader qu’elle a de la chance d’avoir son statut, d’avoir l’honneur de baiser le pied de son possesseur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle doit toujours le remercier, quel que soit l’acte de domination que daigne exécuter son Maître sur elle. (Salomé, p. 24.)
Quelle fille peut se targuer de ne vivre que pour le plaisir de son homme, mieux qu’une salope ? Quel homme ne serait pas flatté par une telle attention ? Bien fou celui qui refuserait un tel sacrement ! J’aime te savoir putain pour moi, j’aime ton vice, tes vices. J’aime à savoir que tu aimes baiser, me baiser, te faire baiser. J’aime à savoir qu’il suffit que je te le demande pour que tu m’offres instantanément ta bouche, ton sexe, ton cul. Je sais que je peux, quand j’ai envie, te prendre et te baiser de la façon dont j’en ai envie. (Mastermind, p. 38.)
Pour pouvoir comprendre ce que m’apporte la soumission – et je vais Vous accompagner par à pas dans cette introspection de moi-même – il faut commencer, je crois, par chercher qui je suis. Et, à mes yeux, je ne suis pas grand-chose. La vérité est en fait bien moins conciliante. Et cette idée ne date pas d’hier. Elle ne germe pas à certains moments de ma vie où je doute, où je me sens prise par l’angoisse ou le désespoir. Non, il ne s’agit point d’un malaise lié à une petite dépression ni même à un certain désir de mort. C’est bien plus subtil et inquiétant que cela : pour moi, je n’existe pas, je ne vaux rien, je ne suis rien. (Salomé, p. 49.)
Chaque jour, je m’attends à ce que Vous refusiez que je m’agenouille devant Vous. À tout instant, je redoute que Vous me demandiez de Vous tutoyer à nouveau. Je tremble à l’idée que Vous ôtiez définitivement mon collier. Mais si tels sont Vos projets, Vous allez véritablement me faire sombre dans la folie. Car tous ces symboles de mon appartenance à Vous sont mes béquilles psychologiques, les soutiens indispensables et nécessaires à mon bon équilibre mental. Oui, je suis folle d’amour pour Vous J.-P. ET mon Seigneur et Maître. Grâce à Vous je me suis épanouie, Vous m’avez révélée à moi-même en me baptisant s. Si Vous même reniez Votre religion, le fait que je sois Votre plus dévouée servante n’a plus de sens. (Salomé, p. 195.)
Bien sûr il y a ma fille. Ma puce, ma chérie, mon amour, mon trésor. Comment m’arracher à toi ? Comment imaginer ta vie sans ta maman ? Que vas-tu devenir ? Pourrais-tu comprendre que ta maman est en train de mourir à petit feu, que son cœur saigne, que ses larmes la brûlent ? Si tu savais, chérie, ce à quoi j’ai pensé comme issue pour toi et moi. Comment ai-je pu envisager une chose pareille ? Le soir où Vous avez retiré mes anneaux, je me suis approchée de son lit, je l’ai regardée dormir, si paisible, si belle, si innocente… Je l’ai embrassée, lui ai caressé la joue et suis allée chercher un oreiller dans notre chambre… Je n’ai pas pu, pas pu, je ne peux pas. Encore une fois je suis incapable.
[…]
Je deviens complètement cinglée. Pourtant Vous pourriez être heureux sans moi. Je sais que Vous n’avez pas besoin de moi pour continuer à subvenir à Vos besoins et à ceux de la puce. Vous aurez toujours les sites internet, les soirées. Tandis que moi ? moi ? Que suis-je sans Vous ? Je ne sais même pas concevoir un flyer, même pas construire un site ou en entretenir un, rien, je ne suis plus rien. Plus dans le circuit pour trouver un boulot « normal », je ne suis pas une bonne mère, je n’ai plus aucun ami, personne à qui parler, me confier, sur l’épaule de qui pleurer. Je ne suis même plus une soumise. Je n’étais qu’une merde lorsque Vous m’avez rencontrée, me voilà revenue à mon état initial. Sauf qu’entre temps j’ai entrevu le bonheur et que désormais je ne pourrai plus vivre sans. Ayez au moins le courage de terminer le sale boulot que Vous avez commencé. Vous m’avez enfoncé un couteau dans le cœur, transpercez-moi. Vous m’avez arraché le cœur, mangez-le. Vous avez brisé mes rêves, balancez-moi dans le trou. (Salomé, p. 252 – 253.)
