Je suis polyamoureuse. Voilà. C’est dit.
Vaste vaste vaste sujet que le polyamour. Tellement vaste que je ne sais pas comment l’aborder en fait. Comme le reste, ça sera traité selon l’inspiration du moment, je pense.
En tout cas, le polyamour, c’est un peu comme le libertinage, une fois qu’on a mis un pied dedans, on ouvre les yeux et on perçoit le monde avec un petit décalage pas désagréable. Comme l’histoire de Tilda Swinton, son mari, son amant, qui avait fait jazzer il y a quelques années. À l’époque, je me souviens que j’avais trouvé ça un peu curieux quand même, et qu’il devait forcément y avoir anguille sous roche. Aujourd’hui, je comprends. Entretemps, je suis devenue libertine et polyamoureuse. Ça aide.
Sauf que, voilà, pas forcément. Mais ça demande beaucoup de boulot pour dépasser ce que la société tout entière nous a inculqué depuis toujours et que nos concitoyens ne sont pas près d’arrêter de nous renvoyer dans la figure parce que c’est tellement mieux de juger le comportement des autres plutôt que de se remettre en question et de se demander si on est vraiment heureux dans la vie (ouch !).
Un coup de cœur virtuel, une rencontre explosive, un coup de foudre réciproque et une tempête émotionnelle dans la foulée. L’« amour-passion » contrarié, de la douleur, de la culpabilité, l’envie de fuir loin, mais loin. Si loin.
Je partais néanmoins avec un atout de taille dans ma manche. Non seulement ma relation était déjà ouverte et j’avais déjà eu quelques partenaires libertins, mais en plus, la communication à ce sujet avec mon partenaire de vie continuait à se faire pour suivre un peu mon évolution et surtout pour adapter les bases de notre accord commun au besoin. Car, initialement, cette liberté n’a pas été retrouvée sans la pose de quelques règles pour préserver le couple établi depuis longtemps. Cette communication était, sans que je le sache, la pierre angulaire qui a permis à tout le reste de se mettre en place.
Il y a un livre de référence que j’avais pourtant acheté, que je n’avais pas encore lu et que j’ai fini par ouvrir après avoir essuyé les premiers plâtres. Ce livre, c’est La Salope éthique de Dossie Easton et Janet W. Hardy. Je l’ai donc lu trop tard, mais il m’a quand même permis de comprendre beaucoup de choses, de retrouver et de valider la logique de mon cheminement, de reconsidérer certaines choses aussi et surtout de mettre des mots sur des ressentis, ce qui a permis de mieux gérer des situations nouvelles par la suite. Je ne jure pas que par lui, mais quand même, c’est une bonne base sur le polyamour au sens très large. Et le premier gros coup de pied que le livre donne dans les idées reçues, c’est le suivant :
LAISSEZ L’AMOUR COULER À FLOTSBeaucoup de gens croient, consciemment ou non, que nos capacités pour l’amour romantique, l’intimité et les liens affectifs sont limités, qu’il n’y en aura jamais assez pour tout le monde et que ce que l’on donne à l’un doit forcément être retiré à un autre.Nous appelons ça l’« économie de la famine ». […]La plupart des gens ont intériorisé cette croyance dès l’enfance. Leurs parents leur prodiguaient peut-être peu d’affection, si bien qu’ils ont intériorisé l’idée qu’il existe une quantité limitée d’amour et qu’ils doivent se battre pour l’obtenir, parfois dans une rivalité impitoyable avec leurs frères et sœurs.Ceux qui se comportent selon cette « économie de la famine » sont souvent très possessifs à l’égard des gens, des choses et des idées qui comptent pour eux. Ils appréhendent le monde à la lumière de cette impression de « pénurie », si bien que, dans leur esprit, tout ce qu’ils obtiennent, c’est quelque chose qu’ils ont pris aux autres, quelque chose que les autres n’auront pas, et parallèlement, tout ce que les autres ont, c’est une chose qu’eux-mêmes ont en moins. Il est important de faire la distinction entre l’« économie de la famine » et les limites du monde réel. Le temps, par exemple, est une limite du monde réel : même la salope la plus motivée ne dispose que de vingt-quatre heures par jour. Par contre l’amour n’est pas une limite du monde réel. Les parents de neuf enfants les aiment chacun autant que les parents d’un enfant unique.La Salope éthique, p 41-42
[À suivre…]


