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J’étais totalement passée à côté du financement participatif lancé pour la production de ce documentaire il y a quelques mois, mais je n’ai pas pu manquer son lancement sur la plateforme Spicee il y a quelques jours tant les articles ont fleuri un peu partout pour en faire la publicité. Un petit code de réduction plus loin et j’ai pu me faire mon propre avis sur la chose.
Toute la première partie met l’accent sur des femmes qui pratiquent la plupart du temps entre femmes dans un environnement qui n’a rien d’un donjon ni d’un dojo. L’Espagne, la nature et le soleil, c’est pour le moins dépaysant. Plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs un discours sexe positif qui accompagne une volonté de réappropriation et de découverte de leur corps qui va bien au-delà de la facette purement sexuelle. Le contraste avec la partie suivante se déroulant au Japon est très net. Là-bas, tradition et rigueur sont de mises. La femme est objet et très peu sont reconnues officiellement comme nawashi ; leurs intentions ne sont d’ailleurs déjà plus les mêmes que celles des hommes quand elles attachent.
D’un côté, il y a donc le Japon traditionnel avec sa rigueur, ses codes, sa vision très érotisée du corps de la femme et, à l’autre bout du spectre, il y a la fusion des cordes avec d’autres formes d’arts comme la danse classique. On navigue entre une pratique très sexualisée et une autre qui a décidé de s’extraire du spectre du BDSM pour procurer autre chose. Quelque part à mi-chemin, il y a la rencontre de plus en plus en vogue entre méditation, yoga et cordes. Dans tous les cas, il y a toujours des quêtes très particulières. Celle du modèle, plus intérieure, qui l’amène vers les cordes et elle de l’encordeur qui va chercher quelque chose chez le modèle, parfois en allant jusqu’à enfoncer métaphoriquement les mains dans ses tripes pour le trouver : de la beauté, des émotions, une envolée, quelque chose de brut… Et il y a le lien entre les deux, la confiance, l’écoute et l’abandon, essentiels quelle que soit la façon de pratiquer.
Ce que ce documentaire m’aura surtout aidée à mettre en mots, c’est que dans la contrainte, il y a une forte notion de limite. Les limites physiques du corps qui se trouve alors spatialement défini par les cordes, ainsi que la limite des figures envisageables sans blesser. Et les limites intérieures, tout ce que peut encaisser le cerveau en termes de sensations avant de saturer. À l’opposé, il y a cette limite de la conscience que certains cherchent à repousser pour justement ne rien manquer des sensations provoquées par une séance et se retrouver dans un état de pleine conscience plutôt que le subspace. Une recherche qui est loin d’être inintéressante pour la modeste rope bottom que je suis.
Depuis que le kinbaku s’est échappé du Japon, il n’a cessé d’être adapté, modulé, repensé à travers le monde. En 1 h 13, le film fait un état des lieux des principales façons de le pratiquer de nos jours au Japon et en Europe, sans aucun jugement de valeur. L’idée est vraiment de démystifier et d’expliquer les jeux de cordes afin d’aider les néophytes et les curieux à appréhender cet art avec un regard plus averti. À ce titre, je trouve que l’objectif est atteint et une diffusion plus large serait même souhaitable.

