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« Et puis, un jour, j’ai joui. Tout mon corps, toute mon âme. Enfin ! Je n’ai pas honte de le clamer : j’ai joui pour la première fois à trente-cinq ans. La jouissance féminine est une grande fête. Elle est puissante, belle, c’est une joie qui transporte, dans laquelle on lâche prise, on lâche tout, on laisse échapper. »À travers ses lectures, son expérience personnelle, avec des mots poétiques et parfois crus, Adeline Fleury nous fait ressentir, à chaque page de ce livre extrêmement sincère et émouvant, que jouissance et renaissance sont unies, et que plaisir et liberté sont indissociables.
Un jour, j’ai vu la vérité en face : une femme sans désir est une femme a-sensuelle. Une vie sans désir sexuel, c’est une vie sans envie, sans élan, une existence statique, immobile. Une vie sans désir, c’est une vie atone, sans souffle.
Je vais faire une analogie étrange pour commencer, mais pour moi, lire est vital, ça me détend, ça me permet de m’évader, ça m’enrichit, ça m’aide à comprendre qui je suis et comment le monde autour de moi fonctionne. Et j’aimerais bien que plus de gens comprennent le pouvoir que renferme un livre ; je suis même persuadée que ça pourrait changer le monde. Je suis aussi féministe prosexe à tendance pop et je suis tout aussi persuadée que l’affirmation de leurs désirs par les femmes changera de façon radicale le rapport femme/homme et donc le monde. Mais il ne me viendrait pas plus à l’esprit de dire à quelqu’un « Lis, c’est pour le bien du monde » que « Baise, c’est pour le bien du monde ».
Le roman demande du temps, de l’introspection, de la pensée. Des denrées de plus en plus rares.
Être une femme épanouie aussi, et nous ne sommes malheureusement pas toutes en mesure et en capacité de nous prendre en main pour nous bouleverser. Ça demande de l’énergie pour devenir actrice de sa propre vie et les freins sont non seulement nombreux, mais parfois indépendants de notre volonté.
Adeline Fleury a donc eu la chance, à 35 ans, de découvrir ce qu’est une vie de femme épanouie sexuellement et dans son quotidien, ce qui est une très très belle chose, mais une chose qui arrive à beaucoup de femmes plus ou moins à la quarantaine et qui prend beaucoup de formes différentes. Pour elle, ça a été une telle révélation qu’elle en a fait un livre plein d’étoiles dans les yeux, malheureusement assorti d’un cruel manque de recul que ne comblent ni l’enrichissement apporté par ses lectures ni le récit de son expérience sur laquelle se greffent ses écrits érotiques qualifiés de « crus ». C’est au final tellement léger que ça aurait pu être le sujet d’un plaisant petit blog parmi beaucoup d’autres.
À mon avis, en plus de mettre une certaine forme de pression aux lectrices (Jouissez !), Adeline Fleury fait plusieurs erreurs dans les messages implicites qu’elle fait passer. Déjà, elle ne jauge ses amants qu’à leur capacité à lui donner un orgasme. Depuis qu’elle en a eu un, elle est à la limite de l’exiger à chaque rapport. C’est dommage, cela insinue que, sans orgasme à la clé, le sexe n’a pas d’intérêt. C’est bien sûr son approche personnelle, mais elle ne laisse aucune place à des alternatives. Je ne suis pas non plus d’accord avec sa volonté de démontrer qu’une femme ne peut être entière dans son plaisir que si elle est amoureuse de l’homme qui la fait jouir. Il est tout à fait possible pour une femme de mêler complicité, affect et sexe et d’être tout à fait épanouie dans cette configuration. Ça ne la rend pas moins belle et désirante. Être amoureuse change bien sûr beaucoup de choses, je suis mal placée pour le nier, mais ne pas l’être n’est pas forcément un frein à l’épanouissement, il s’agit juste de pratiques différentes avec des apports différents. Il y a des désirs qui se passent tout à fait d’amour, voire des désirs qui ne peuvent se réaliser que s’il n’y a pas d’amour. Et ces désirs n’ont pas moins de valeurs que ceux rattachés à l’être aimé.
Ce livre, pour être plus juste, aurait dû s’intituler Petit Éloge de MA jouissance, parce qu’il s’agit avant tout du parcours de l’autrice, mais il n’est pas LE parcours. Il ressemble au mien par endroits, pas du tout à d’autres et il ne me viendrait pas à l’idée de généraliser mon cas. En tout cas, avec mon blog, j’essaye d’être plus dans le partage d’expériences personnelles et de réflexions qui me permettent d’ouvrir subtilement les esprits sur un univers de possibles, mais en laissant toujours, je l’espère, son libre arbitre à mon lectorat. Quitte à se lancer dans une reprise en main de sa sexualité de femme, je préfère conseiller les ouvrages de Heidi Beroud-Poyet et Laura Beltran d’une part et d’Elsa Fayner d’autre part. Ils me paraissent autrement plus neutres, constructifs et ouverts sur le sujet.

