Pour celles et ceux ayant vu le film The Danish Girl de Tom Hooper, le nom et le travail de Gerda Wegener vous sont sans doute déjà un peu familiers. Pour les autres, un petit clic sur le nom de cette illustratrice totalement queer de la fin du XIXe – début XXe vous en apprendra plus.
J’ai tout particulièrement craqué sur son travail cerclé ou ovalisé. Après quelques recherches, j’ai découvert que la plupart appartenaient à une série d’aquarelles intitulée Les Délassements d’Eros datant de 1917, qui fut republiée en 1925 accompagnée par douze sonnets lascifs signés Alexandre de Vérineau (Louis Perceau de son vrai nom). En voici l’intégralité après glanage aux quatre coins du net.
Mythologie
Songe païen
Dans le coin du grand parc où la nymphe cachée
A, dans un antre obscur, son séjour enchanté,
Zoé, pour fuir l’ardeur du chaud soleil d’été,
S’est, sous un buisson vent, nonchalamment couchée.
Sur le gazon fleuri sa tête s’est penchée ;
Son œil est clos, son sein doucement agité,
Et sa lèvre sourit à quelque volupté
Dans un songe lascif tendrement ébauchée.
C’est que Zéphire, errant par les sentiers ombreux,
A levé doucement le linon vaporeux
Pour pouvoir effleurer cette rose entr’ouverte ;
Et Zoé, succombant à l’amoureux désir,
Rêve qu’un satyreau, d’une manœuvre experte,
Irrite en se jouant la source du plaisir.
Léda incomprise
Hortense a soulevé sa jupe à crinoline
Et fait glisser en bas son pantalon léger,
Car elle voit au loin vers elle converger
Tous les grands cygnes blancs dont le bec dodeline.
Sur le bord du bassin, provocante et câline,
Elle s’offre au grand mâle, et pour l’encourager,
Lui sourit, puis tressaille en voyant s’allonger
Le beau col souple et blanc, vivante javeline.
Sous l’étrange désir dont l’ardeur l’obséda,
Elle s’ouvre en pensée à l’amant de Léda
Et croit enfin sentir le dard dans sa nature ;
Mais le grand cygne blanc lève un œil étonné
Vers la fente impubère à l’étroite ouverture,
Et s’éloigne déjà sans avoir deviné.
Nymphe et satyre
Les rayons fécondants du soleil de Sicile
Ont mûri les grains noirs parmi les pampres verts ;
Le Faune s’est couché, mais ses yeux entr’ouverts
Guettent les bonds joyeux de la Nymphe indocile.
Loin du sombre hallier qu’elle a pour domicile,
Loin des grands bois obscurs et des sentiers couverts,
Vers le Faune lascif, le jeune Éros pervers
La conduit aujourd’hui, proie offerte et facile.
Toute ouverte d’avance au plaisir attendu,
Elle enfourche d’un bond le Satyre étendu,
Et sur l’épieu raidi s’agite et se trémousse…
Puis, le sein regorgeant d’amoureuse liqueur,
Sans un regard au Faune allongé sur la mousse,
Elle offre un dernier spasme au jeune Éros vainqueur.
Carnaval galant
La pâleur de Pierrot
Pierrot ne chante plus sa complainte amoureuse
Et ses doigts fatigués ont lâché l’instrument ;
II gît dans un fauteuil, étendu mollement,
Sur le balcon baigné par la nuit langoureuse.
Entre ses deux genoux, l’amante dangereuse,
Papillon butineur, aspire avidement
Le suc de volupté qui gicle brusquement
Sous les savants baisers de la bouche fiévreuse.
Pour la troisième fois le flot s’est épanché
En longs jets saccadés, sans avoir étanché
L’inextinguible soif qui meut l’ardente langue,
Qui la fait s’acharner en baisers plus hardis…
Voila pourquoi Pierrot montre un visage exsangue
Que mangent deux yeux noirs par le cerne agrandis.
La loge d’Artémise
Au balcon de sa loge accoudée, Artémise
Regarde les danseurs avec des yeux mourants,
Car elle sent les doigts de Pierrot, conquérants,
Remonter hardiment sous la fine chemise.
Voyant la belle enfant haletante et soumise,
L’audacieux galant, en gestes délirants,
Dévoile largement des appas attirants,
Pour arriver plus vite à la terre promise.
Artémise a fléchi sous le choc furieux,
En sentant pénétrer un dard victorieux
Dans l’antre humide et chaud qu’orne une mousse sombre ;
Et Pierrot va son train dans ce glissant vallon,
Sans daigner remarquer, éclair luisant dans l’ombre,
Le lubrique regard du seigneur Pantalon.
Cabinet particulier
Après le fin souper, deux tendres ingénues,
Un Lucifer candide, un Papillon mutin,
Vont combler du barbon cynique et libertin
Les lubriques ardeurs si longtemps contenues.
Déjà le Papillon, les deux mains retenues
Entre les doigts nerveux du petit Diablotin,
S’affale sur le ventre au milieu du festin,
Offrant au vieux ravi ses belles fesses nues.
Devant de tels appas étalés sans pudeur,
Le barbon tire un dard effrayant de roideur
Et l’entre d’un seul coup sans le moindre graissage ;
Mais se sentant a l’aise en l’amoureux détroit,
Il en sort aussitôt pour forcer un passage
Beaucoup moins fréquenté, mais combien plus étroit.
Après le bal
Cydalise a conduit l’altière Dorimène,
Que guettait son désir tyrannique et puissant,
Loin des salons dorés où le bal finissant
Dans un dernier sursaut s’agite et se démène.
Dorimène a suivi le démon qui la mène ;
Curieuse, énervée et le sein bondissant,
Elle attend, le cœur plein d’un émoi grandissant,
Du culte de Sapho tendre catéchumène.
Cydalise a jeté ses atours en monceau,
Et sous les grands paniers qui font comme un arceau
Elle a soudain plongé, tendrement empressée ;
Mais son premier baiser à peine est-il éclos
Que déjà Dorimène, amoureuse et pressée,
Exhale un long soupir et pâme, les yeux clos.
Jeux féminins
Illusion
Seule dans le grand lit veuf de la tendre aimée
Que porte en d’autres bras son caprice changeant,
Monique, ce matin, prend son miroir d’argent,
Pour voir le boutonnet dans sa conque embaumée.
Par le tableau lascif aussitôt enflammée,
Elle se rend bien vite au désir exigeant,
Et le doux frottement de son doigt diligent
La fait soupirer d’aise et roucouler, pâmée.
Sous le frisson divin qui lui creuse les flancs,
Fait onduler son ventre et tord ses bras tremblants,
Monique ne sait plus qu’elle est seule en sa couche ;
Elle voit la volage, elle la sent aussi,
Et croyant en mourant s’épancher dans sa bouche,
À son dernier Encore ! elle ajoute un Merci !
Initiation
La blonde et tendre Agnès a suivi, curieuse,
L’ardente et brune Eva, et sur le divan bas
Où sonnera bientôt l’amoureux branle-bas,
Elle saute en jouant, innocente et rieuse.
Comme il fait bien trop chaud, la brune, astucieuse,
En assurant Agnès qu’on ne les verra pas,
A bientôt dévoilé les plus secrets appas,
Qu’elle frôle et parcourt d’une main vicieuse.
La tendre Agnès soupire et se prête au doux jeu,
Car de lascifs dessins l’ont mise toute en feu :
Sous le doigt complaisant la volupté s’éveille…
Un râle… un râle encor… c’est le divin moment…
Et quand succombe Agnès, Eva, qui la surveille,
Pousse un cri de triomphe et jouit brusquement.
Réciprocité
Vers le divan profond où le désir me cloue,
Penche ton frais visage et l’or de tes cheveux ;
Penche ta lèvre en fleur, que de tendres aveux
Parent en cet instant d’une adorable moue ;
Comme le mien déjà, que ton index se joue
A ce bouton de rose ou tendent tous nos vœux ;
Allons-y bien d’accord, mignonne, car je veux
Que le divin plaisir ensemble nous secoue.
Mais que fais-tu, chérie ? Ah ! quel heureux dessein !
Lèche … ah, oui ! … lèche encor la fraise de mon sein …
Lèche !… Comme ta langue est lascive et savante !
Suce-la … c’est si doux ! … comme on suce un bonbon …
Mais quoi ? Tu meurs déjà ? Tu me laisses vivante ?
Attends-moi! Là ! Je fonds … je meurs ! Ah! que c’est bon !
Doloroso
Sur le charmant visage aux lèvres caressantes,
Gina s’est accroupie et savoure un instant
Le frôlement si doux et le souffle excitant
Qui lui font présager les voluptés naissantes.
Soudain, sur le derrière aux fesses bondissantes,
La verge de Gina s’abat en crépitant,
A coups précipités, rageurs, déchiquetant
Le doux satin des chairs naguère éblouissantes.
C’est qu’il faut a Gina le concert haleté
Des sanglots de douleur rythmant sa volupté,
Car les molles amours sont pour elle sans charmes.
Sous les cris étouffés sa chair tressaille enfin,
Et sur le beau visage inondé par les larmes,
Gina s’épanche à flots dans un spasme sans fin.
Vertige
Sur les coussins jetés dans un coin de la chambre,
Les deux corps enlacés sautent en gestes fous,
Et le corps de Lison tremble sur les genoux,
Et le corps de Rosa se tortille et se cambre.
Un long frisson d’amour glisse sur chaque membre,
Les lèvres font un bruit de lubriques glouglous,
Et la grisante odeur qui sort des deux bijoux
Se mêle aux doux parfums de la rose et de l’ambre.
La volupté les tord sans lasser leur désir ;
Les chairs sans un arrêt vibrent sous le plaisir,
Ainsi qu’au moindre vent ondule et frise l’onde ;
Une lueur d’enfer flambe aux grands yeux meurtris,
Et dans la mousse brune et dans la toison blonde,
S’éteignent des soupirs, des râles et des cris.












