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Dix ans après la parution en 2009 du Guide des amours plurielles (Pocket), le polyamour est devenu un sujet de prédilection dans les medias, les livres, les films et quelques séries TV. Désormais, aimer plusieurs personnes ne semble plus impossible, mais cela reste difficile tant ce mode de vie exige de s’affranchir du mythe de l’Amour Unique et pour la vie, du couple comme seul horizon affectif, de la peur du regard des autres et de bien d’autres habitudes. À l’inverse, il faut rappeler que les amours plurielles ne sont ni LA solution aux difficultés amoureuses, ni une thérapie pour résoudre une crise personnelle, ni un moyen commode de multiplier les aventures. Elles n’ont pas non plus pour ambition de proposer un modèle qui remplacerait la monogamie exclusive, mais souhaitent simplement ouvrir les possibles avec des relations intimes fondées sur la confiance et l’autonomie. Face à l’intérêt grandissant des femmes et des hommes pour ce choix de vie, il était urgent de publier ce Nouveau Guide des amours plurielles qui enrichit et actualise la réflexion à la lumière des dix dernières années et répond aux questions auxquelles tout un chacun est confronté en décidant de franchir le pas vers ce mode de vie aussi exigeant qu’épanouissant. « Aimer au pluriel ? Ça leur passera ! Reparlons-en dans dix ans ! » Eh bien soit : dans ce nouveau guide, des polyamoureux rencontrés entre 2005 et 2010 font le point sur leur vie affective : courts ou longs, paisibles ou agités, d’une infinie variété, mais toujours passionnants ces récits montrent pour la première fois comment se vivent des amours plurielles au long cours, avec jusqu’à 33 ans de recul pour certains. Et une constante encourageante : quel que soit le bilan de leur expérience après tant d’années, aucun(e) ne regrette de l’avoir vécue, et recommencerait si c’était à refaire.


Je continue sur ma lancée des grands classiques du polyamour qu’il était temps que je lise enfin, mais contrairement à Compersion d’Hypatia From Space, j’ai lu ce guide juste par curiosité sans y chercher quoi que ce soit de précis. 
Après le bouillonnement canadien, ce livre a vraiment eu un effet très apaisant. Comme si, par contraste, Compersion regorgeait malgré tout d’un certain nombre d’injonctions, notamment celles d’être constamment ouvert à l’opportunité de la rencontre ou de systématiquement faire se croiser en vrai les amoureux et métamours. Ressenti tout à fait personnel qui est surtout dû, je le sais, à la différence culturelle et à des modes de fonctionnement déjà en place et validés n’allant pas tout à fait dans le sens de l’autrice. 
Françoise Simpère, quant à elle, a un recul sur l’expérience polyamoureuse qui lui permet de ne plus être dans l’action, mais de s’élever tout en étant beaucoup plus terre à terre. Elle ne se base pas que sur son unique expérience (bac + 45 comme elle le dit dans l’avant-propos) ou celles de ses proches. Le fait qu’elle soit une référence sur le sujet en France l’a amenée à côtoyer beaucoup de polyamoureux et polyamoureuses (ou lutins et lutines, comme elle préfère les appeler) et surtout à les écouter et les aider au cas par cas. L’ouvrage est donc plutôt pragmatique. Le chapitrage de la première partie se fait par grands sujets (amours, coming-out, confiance, culpabilité, libertés, passion, enfants, etc.) sur lesquels elle apporte un éclairage réfléchi et aussi neutre que possible. Des questions pratiques auxquelles elle répond de manière précise et claire viennent compléter chaque thématique. On est donc au cœur de la pratique du polyamour sous toutes les formes qu’il peut prendre. Et elles sont nombreuses.
C’est là que les ajouts à cette nouvelle édition prennent toute leur importance. La partie avec les témoignages recueillis au temps T, puis au bout de 10 à 20 ans, permet de se rendre compte que rien n’est figé ou gagné d’avance. Les couples se font et se défont, les fonctionnements évoluent avec le temps et les partenaires, le chaos ou l’apaisement s’invitent, certains sont toujours ensemble, d’autres non. Il n’y a pas de règles, pas de garantie de succès, pas de condamnation à l’échec. Chaque situation est unique et ça confirme mon impression qu’en matière de polyamour, il faut être en mesure de construire sa propre histoire sans chercher à reproduire des modèles qui semblent fonctionner. Je pense notamment à cette légèreté mise en avant dans le livre qui m’est plus naturelle avec mes amis libertins, mais me correspond moins dans le polyamour. J’adorerais plus de légèreté, que je différencie du jeu, mais mon tempérament et mon investissement dans mes relations font que je prends les choses plus au sérieux. J’ai également apprécié que la discrétion soit aussi présente dans les retours, car, à force de mettre en avant la transparence, on en vient à croire qu’il faut toujours tout se dire pour être un polyamoureux épanoui. Or, il arrive aussi que l’on ne souhaite pas tout savoir ou tout communiquer, hormis les informations importantes, comme les indisponibilités et ce qui impacte significativement la relation (nouvelle rencontre, rupture, grossesse, maladie…). Ce qu’Hypatia appelle Parallel Poly dans son livre, mais qui ne ressort pas autant ici du fait de la différence d’échantillonnage que j’expliquais plus haut.
Le Nouveau Guide des amours plurielles m’aura sans doute moins apporté de matière à réflexion que d’autres livres sur le sujet, mais il m’a néanmoins fait du bien parce que les témoignages sont nombreux, divers et m’ont paru plus proches culturellement parlant. J’ai vraiment aimé le ton posé de Françoise Simpère et surtout cette distance qui permet l’analyse à froid. À lire aussi, donc.