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Présentation de l’éditeur : Le Manoir est le récit de Pauline, jeune archiviste chargée de mettre de l’ordre dans les documents accumulés dans une demeure consacrée depuis un siècle à des pratiques et des rencontres sadomasochistes. Totalement ignorante de cet univers, Pauline découvre un monde étonnant de fantasmes. À cette découverte troublante que nous suivons pas à pas au gré des documents classés par Pauline, se mêle une expérience bien réelle avec son employeur, Julien, qui lui impose des règles en fonction de ses caprices. Aux prises avec cet homme qui associe allégrement la souffrance avec le plaisir, la complicité avec la brutalité, Pauline se retrouve face à elle-même, à ses propres désirs et à ses propres choix. Nous suivons alors son apprentissage, celui de la douleur, du plaisir, de l’amour et de l’acceptation de soi.
 

 


 
Commençons par le positif. Malgré quelques soucis de correction évidents, je reste sous le charme de l’écriture d’Emma Cavalier dont j’avais déjà apprécié la série des Trois talents. Je la trouve toujours aussi plaisante, simple, fluide, travaillée mais pas trop. L’autrice a apporté un soin particulier au travail de son héroïne en allant jusqu’à reproduire ce qu’aurait pu être le résultat de ses recherches. Un vrai plus. J’ai également beaucoup aimé certaines scènes de sexe et/ou de BDSM correspondant plus ou moins à mes pratiques et dans lesquelles il m’a donc été plus facile de me projeter.

Pour le reste, le charme du Manoir n’a pas du tout agi sur moi. J’ai été rebutée dès les premières pages par la façon dont s’installe la relation BDSM entre les deux protagonistes, c’est-à-dire sans choix éclairé. Pauline doit dire oui à tout ce que pourrait avoir envie de lui faire subir le maître des lieux si elle veut travailler là, sous peine d’être renvoyée. Et elle dit donc oui sans savoir dans quoi elle s’engage, mais avec un vague frisson dans la culotte. C’est un peu mince.

En fait, je crois que ce manoir représente une certaine vision du BDSM que je n’aime déjà pas dans la vie réelle : les dogmes, les postures, le côté secte et le maître à qui toutes les soumises du monde veulent se mesurer. Le summum étant atteint avec la règle qui consiste à forcer tout futur maître à être soumis avant de pouvoir dominer. Et je dis bien « forcer ». On sent bien là, encore plus que dans le reste de l’ouvrage, l’influence des Infortunes de la Belle au bois dormant d’Anne Rice. Sauf que là où cette dernière prenait de grandes libertés avec un conte qu’elle pervertissait à outrance, ici, dans un contexte plus actuel, la pilule passe moins bien. C’est sans doute trop réaliste pour me permettre de faire abstraction des débordements et j’ai aussi certainement dépassé les fantasmes de mon adolescence depuis un moment. On entre donc, pour moi, dans le domaine de la coercition et plus de la soumission volontaire. L’usage un peu trop abondant du mot « battre » et le rapprochement immédiat avec « femmes battues » en ont rajouté une couche. On peut fesser, fouetter, flageller, mais battre a une connotation autrement plus violente qui ne peut être associée dans mon esprit au plaisir et au sexe. La cerise sur le gâteau, qui me fera toujours sortir d’une scène de sexe, aussi bien écrite soit-elle, c’est l’absence de préservatifs. Ça baise, ça s’échange, ça change de trous dans le mauvais ordre et tout ce que je vois, c’est une flopée de MST et d’IST qui circulent, sans parler des risques de grossesse accrus. Non seulement ça ne coûte rien de mentionner la contraception, mais à l’heure actuelle, c’est presque un devoir de salubrité publique que de l’utiliser dans la fiction pour faire passer le message. 

L’héroïne (Pauline, comme l’autrice d’Histoire d’O, et ce n’est pas du tout un hasard) finit par trouver sa place dans cet univers, elle semble même véhiculer l’idée qu’on peut faire plier le BDSM pour en faire ce que l’on veut dans une relation à deux, sauf que l’idée est en fait exposée de manière très furtive, juste un paragraphe, alors qu’elle semblait plutôt logique connaissant le tempérament de Pauline. Du coup, la situation finale me laisse franchement dubitative, parce que, jusqu’au bout, les options mises sur la table ne me semblent pas être les bonnes. Mais, sans doute, manqué-je de romantisme…