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Pour le reste, le charme du Manoir n’a pas du tout agi sur moi. J’ai été rebutée dès les premières pages par la façon dont s’installe la relation BDSM entre les deux protagonistes, c’est-à-dire sans choix éclairé. Pauline doit dire oui à tout ce que pourrait avoir envie de lui faire subir le maître des lieux si elle veut travailler là, sous peine d’être renvoyée. Et elle dit donc oui sans savoir dans quoi elle s’engage, mais avec un vague frisson dans la culotte. C’est un peu mince.
En fait, je crois que ce manoir représente une certaine vision du BDSM que je n’aime déjà pas dans la vie réelle : les dogmes, les postures, le côté secte et le maître à qui toutes les soumises du monde veulent se mesurer. Le summum étant atteint avec la règle qui consiste à forcer tout futur maître à être soumis avant de pouvoir dominer. Et je dis bien « forcer ». On sent bien là, encore plus que dans le reste de l’ouvrage, l’influence des Infortunes de la Belle au bois dormant d’Anne Rice. Sauf que là où cette dernière prenait de grandes libertés avec un conte qu’elle pervertissait à outrance, ici, dans un contexte plus actuel, la pilule passe moins bien. C’est sans doute trop réaliste pour me permettre de faire abstraction des débordements et j’ai aussi certainement dépassé les fantasmes de mon adolescence depuis un moment. On entre donc, pour moi, dans le domaine de la coercition et plus de la soumission volontaire. L’usage un peu trop abondant du mot « battre » et le rapprochement immédiat avec « femmes battues » en ont rajouté une couche. On peut fesser, fouetter, flageller, mais battre a une connotation autrement plus violente qui ne peut être associée dans mon esprit au plaisir et au sexe. La cerise sur le gâteau, qui me fera toujours sortir d’une scène de sexe, aussi bien écrite soit-elle, c’est l’absence de préservatifs. Ça baise, ça s’échange, ça change de trous dans le mauvais ordre et tout ce que je vois, c’est une flopée de MST et d’IST qui circulent, sans parler des risques de grossesse accrus. Non seulement ça ne coûte rien de mentionner la contraception, mais à l’heure actuelle, c’est presque un devoir de salubrité publique que de l’utiliser dans la fiction pour faire passer le message.

