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La séduction graphique et narrative à l’état pur.

Un sublime face-à-face amoureux et érotique. Un homme. Une femme. Un journal intime. Un long voyage vers l’acceptation, la soumission, le désir, la sensualité. De multiples niveaux de lecture, pour se (re)découvrir et se rappeler tous les jeux qui les unirent. Des jeux de chair magnifiques, d’où la parole était souvent absente. Écrit par elle. Commenté par lui. Lirez-vous l’un ? L’autre ? Les deux à la fois ?

Je ne sais pas si je parlerais de « sublime face-à-face amoureux et érotique », car, il s’agit avant tout d’un homme et d’une femme qui se rencontrent pour réaliser un fantasme : son fantasme à elle. Ça tilte tellement entre eux qu’ils vont faire un bout de chemin ensemble en allant de plus en plus loin dans la réalisation de leurs envies à tour de rôle. L’érotisme laisse assez vite sa place au BDSM qui, sur la fin, est bien loin d’être érotique. Le titre est également assez trompeur et ne sert qu’à aguicher le regard, ou alors je n’ai pas compris ce qu’était la correction en question. À moins qu’il s’agisse de la correction de trajectoire, ce qui aurait du sens. Le sous-titre par contre est bien plus honnête. La quête des personnages est d’ordre sensoriel et intellectuel et l’héroïne tout particulièrement passe par des moments de confusion qui la font s’interroger profondément sur elle-même et évoluer. Tout n’est pas de bon goût, ou tout du moins pas à mon goût, mais du point de vue du personnage féminin, qui reste le fil narratif principal, c’est un chemin très logique et puissant, même si la rapidité avec laquelle tout s’enchaîne pénalise la crédibilité du récit. 
L’une des bonnes idées de ce livre, c’est la forme prise par son écriture. Il s’agit d’un journal tenu par elle pour lui, mais sans qu’il le sache. Quand il le reçoit, il ne peut s’empêcher de rajouter sa vision de chaque scène. Le but est donc d’offrir la possibilité au lecteur de pouvoir lire le livre de trois manières différentes : soit en commençant par son récit à elle, puis en revenant en arrière pour lire ses ajouts à lui, soit en commençant par lui et en prenant connaissance du contexte avec elle ensuite ou en lisant tout d’un bloc pour avoir les deux points de vue en simultané. Pour ma part, j’ai opté pour la première option car elle est, selon moi, la façon dont le livre a été pensé à l’origine. Commencer par lui m’a paru assez bancal, il manquait souvent beaucoup trop d’éléments pour comprendre la situation. Lire les deux en même temps fonctionne, mais enlève une grosse part du mystère qui ne se lève que lorsque l’on redécouvre la scène avec les yeux du partenaire. En tout cas, le principe est très ludique.

L’autre bonne idée, c’est d’avoir choisi Alex Varenne pour illustrer le texte de Philippe de Saxe. Ses noir et blanc sont parfaits, certaines de ses planches sont terriblement suggestives et, ce, même si je n’aime ni le visage de l’héroïne ni ses choix vestimentaires. Il s’en dégage malgré tout tantôt une animalité tantôt une froideur toutes deux très plaisantes. Je reviendrai sur le travail d’Alex Varenne dans un autre post, car il s’agit pour moi d’une belle découverte.

Malheureusement, je vais encore me plaindre du manque de correction (!!!) de l’ouvrage, mais il y a suffisamment de fautes et de coquilles pour que la lecture ne soit pas fluide. Ça gâche un peu le plaisir qui, par ailleurs, était plutôt au rendez-vous.