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Et pourtant, j’ai pu constater que beaucoup de femmes seules et de couples stigmatisent un peu trop facilement l’homme marié en quête d’action coquine. L’homme seul marié, c’est l’homme infidèle, l’homme qui ne respecte pas sa femme, l’homme qui est un vil salaud sans cœur, l’homme qui n’a rien à faire là. Sans doute l’homme qui fait peur aussi et qui crée un vague sentiment d’insécurité. « Ouh, comme je n’aimerais pas que cela m’arrive. »
Moi, par contre, femme qui affiche très clairement qu’elle est en couple, personne ne m’a jamais fait la moindre remarque… JAMAIS. Les gens s’en fichent tout simplement que je sois la compagne de quelqu’un d’autre. Les anglophones ont une expression pour ça : double standard.
Le seul aspect que je prends vraiment en compte quand j’ai affaire à un homme marié, c’est la logistique. Les rendez-vous auront lieu le plus souvent en journée, durant les heures de bureau ou entre midi et deux, ce qui m’arrange assez aussi, car j’ai un certain attachement pour mes soirées pépères à la maison. Pas de SMS ou de coups de fil n’importe quand, notamment le soir. Pas de griffures ou de marques ; attention aux cheveux et au parfum aussi. Il suffit de me le dire, je m’adapte. Je sens souvent cette petite crispation quand je commence à poser des questions qui touchent d’un peu trop près au couple légitime, comme si j’allais me mettre à juger et à faire des reproches d’un coup, alors que mon seul but est de cerner les limites pour ne pas empiéter. Là encore, il s’agit plus de respect qu’autre chose pour la personne que j’ai en face de moi. Et je peux comprendre que beaucoup n’auront pas la patience ou l’envie de poursuivre dans une relation qui impose quelques contraintes. Mais il en va de même avec les couples qui ont des enfants. Il faut faire avec les horaires de la nounou ou de l’école.
Ce que j’ai le plus souvent perçu à travers mes discussions avec les hommes mariés, c’est une forme de souffrance et de fatalisme liés à la rupture du lien qui cimente un couple ; parfois de la lassitude aussi. Il y a ce constat que quelque chose a changé avec le temps et que la communication ne se fait plus comme avant. Un couple, ça s’entretient, ça demande de l’attention et du travail. Il faut être deux pour ça, mais quand il y a le boulot, les soucis, les enfants qui prennent toute la place… on s’éloigne vite l’un de l’autre si on n’est pas vigilant et le mal est fait, et souvent difficilement réparable. Ça marche pour les hommes, ça marche pour les femmes. Et pour des raisons qui leur appartiennent, ils préfèrent la plupart du temps laisser les choses en l’état.
Si un homme marié de ma connaissance a en tête de se séparer, je n’ai pas à faire partie de la décision, car, il s’agit d’une histoire qui ne me concerne pas. Je peux être une oreille, une épaule, mais pas un catalyseur. L’une des choses que je refuse bien évidemment, c’est d’être instrumentalisée dans le cadre d’une revenche ou pour provoquer la jalousie d’une autre. Mais il y a fort à parier que le mauvais feeling serait tel dès le départ que la conversation s’arrêterait très vite. Impossible d’aboutir à une belle rencontre si elle est polluée par une arrière-pensée de ce genre et j’apprécie trop les gens vrais bien dans leurs pompes.
Sous un angle d’approche différent, rares sont les personnes qui ont une seule forme de sexualité et pas d’envies du tout. Mes pratiques changent d’un homme à l’autre et aucun de mes partenaires ne couvre tous les aspects de ma sexualité aux multiples facettes. Même avec la meilleure volonté du monde, ils n’y arriveraient pas. À partir de ce constat, pourquoi se limiter à un seul partenaire quand on est en quête d’épanouissement personnel ? Un de mes contacts aurait eu bien du mal à satisfaire sa bisexualité et ses besoins de soumission sans aller chercher des partenaires hors de son mariage. Tout ceci a été négocié, même si ça l’a été dans la douleur et la tempête au début. Le résultat est là : marié, père et plus épanoui. Que demande le peuple ?
La vérité, c’est que beaucoup de couples se porteraient beaucoup mieux si justement il y avait infidélité, négociée ou pas (ce qui est la partie la plus délicate), mais sans doute un peu mieux assumée. À partir du moment où l’on considère le fait d’aller voir ailleurs comme une soupape, un jardin secret, et pas comme une volonté de nuire ou de partir, il peut peut-être en ressortir quelque chose de positif pour le couple. Mais apparemment, c’est toujours plus facile de tirer des conclusions sur la base d’une petite case cochée sans chercher à en savoir plus. J’ai envie de dire : merci à Gleeden d’exister. Au moins, tout le monde sait à quoi s’en tenir là-bas.



