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La compersion peut être définie comme l’opposé de la jalousie. Hypatia, blogueuse et auteure polyamoureuse, s’est penchée intensivement sur l’émergence de ce sentiment dans les relations ouvertes. Elle en est venue à la conclusion que la compersion est à la portée de tous les polyamoureux ! Mais ce sentiment de joie envers le bonheur amoureux de ses partenaires n’arrive ni par hasard ni sans effort. Son hypothèse : Chaque polyamoureux a des besoins spécifiques qui, une fois comblés, lui permettent d’éprouver de la compersion.
Hypatia invite le lecteur à découvrir quels sont ses besoins incontournables en matière de compersion. De plus, elle aborde la question essentielle de comment on peut soutenir ses partenaires et métamours dans leur propre cheminement vers l’éclosion de ce sentiment libérateur. Enfin, elle évoque l’état d’esprit à cultiver pour ceux qui souhaitent développer ou intégrer davantage de compersion dans leur vie.
Contrôler la jalousie, c’est bien, développer la compersion, c’est encore mieux !
Pour avoir une idée concrète de ce qu’est la compersion, je vous invite à repenser à la dernière fois que vous avez été débordé·e par le bonheur d’une personne proche, qu’il s’agisse d’un membre de votre famille ou d’un ou d’une ami·e. Ça a pu se produire lors d’un mariage, d’une naissance, d’une très bonne nouvelle, de la concrétisation d’un projet… En tout cas, ce bonheur-là vous a atteint par ricochet. La compersion dans le cadre du polyamour, c’est la même chose, c’est ce débordement qui nous rend heureux du bonheur d’un être que l’on aime, notamment quand cet être vit quelque chose de fort avec une autre personne qu’il aime. Là où il devrait y avoir de la jalousie, il y a donc du bonheur.
Soyons honnêtes, les choses ne sont pas aussi simples dans la réalité, voire pas du tout en fait, et la compersion n’arrive pas sans rien faire, sauf dans quelques très rares cas. Parfois, elle n’arrive même jamais. Il faut se sentir en sécurité dans la relation, se sentir bien dans ses pompes ou, tout du moins, il faut se connaître suffisamment bien pour faire la part des choses entre soi, l’autre et la situation. Il faut avoir confiance en soi, en l’autre et entendre ce qu’il dit, ce qui n’est pas toujours facile quand nos propres peurs prennent le dessus et empêchent de vraiment écouter. Ça demande aussi du temps, surtout quand on respecte la vitesse du plus lent. Il n’y a pas de mal à dire que les choses vont trop vite, qu’on n’est pas à l’aise, qu’on s’est trompé, qu’on est désolé, qu’on souhaiterait que l’autre respecte certaines limites pour un temps ou pour longtemps. En gros, si vous éprouvez de la jalousie et que vous souhaitez la transcender, il va falloir bosser sur vous et sur votre relation, parfois dans la honte, la culpabilité et l’autoflagellation, et ça peut représenter beaucoup de travail au début. Heureusement, avec l’expérience, on acquiert certains réflexes qui permettent de gagner du temps. C’est sur tous ces éléments que s’attarde le livre. Hypatia fournit de nombreuses pistes pour analyser les situations, travailler sur soi et en tirer des leçons dans le but de favoriser l’éveil de la compersion. Elle ne donne pas une solution clé en main, même si l’ouvrage transpire un peu trop le développement personnel pour moi, surtout sur la fin, et que je préfère, comme toujours, garder ce qui me semble logique et laisser de côté ce qui est trop éloigné de mon fonctionnement propre. Il ne faut pas oublier que l’ouvrage est signé par une Nord-Américaine et que, culturellement, des différences avec le fonctionnement des Européens se font sentir. L’autrice le fait elle-même remarquer, mais ne s’attarde pas trop sur nos particularités de ce côté de l’Atlantique. C’est néanmoins à prendre en compte.
L’élément le plus important du livre, à mon avis, celui qui va me servir et resservir, c’est l’annexe A : un long questionnaire qui permet justement de poser les bonnes questions, à soi et à l’autre. Il est essentiel de le faire à deux, chacun de son côté, puis de confronter ses réponses, même si parfois, il n’y en aura pas parce qu’on ne sait pas répondre. C’est long à faire, c’est éprouvant à faire, mais ça permet vraiment de savoir où on en est dans une relation spécifique et où on va, et de prendre des décisions en conséquence.
Il y a presque 3 ans, j’ai écrit un long post sur la jalousie. J’y parlais déjà de compersion parce que j’étais dans une situation où elle s’était développée. Avec le recul et l’éclairage de ce livre, je sais maintenant pourquoi ça avait été possible et pourquoi dans d’autres situations, ça ne l’a pas été. Car ce qu’il faut bien intégrer, c’est que chaque relation est différente, les engagements, la communication, les ententes relationnelles ne sont pas les mêmes et il n’y a pas de raison que la compersion que l’on éprouve dans une configuration se développe de la même manière dans une autre. D’ailleurs, elle peut même être fluctuante dans le temps au sein d’une même configuration, car un couple n’est pas une entité figée, ou tout du moins, il ne devrait pas l’être. La compersion est conditionnée par beaucoup beaucoup de paramètres, dont certains ne dépendent pas de nous, mais de l’amoureux ou amoureuse, voire de ses relations. J’ai d’ailleurs trouvé judicieux qu’Hypatia insiste sur la collaboration entre tous les membres du polycule, c’est-à-dire les amoureux et les amoureux des amoureux, qu’ils soient tous amenés à se rencontrer ou pas.

