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Anastasia Steele accepte de remplacer sa colocataire malade, Katherine, pour interviewer l’homme d’affaires et milliardaire Christian Grey. Jeune PDG séduisant et mystérieux, ce dernier l’intimide. À sa grande surprise, Christian Grey vient la voir au magasin où elle travaille, prétextant des achats. Très attirée par lui, elle se verra rapidement devenir sa soumise. Pour cela un contrat va être rédigé pour permettre de définir les règles de ce jeu dangereux. Cependant, ce contrat devient souvent un sujet tabou et sera changé sans cesse.
À mesure que leur relation progresse, la jeune et innocente Ana est confrontée à un tout nouvel univers aux côtés du riche entrepreneur. Christian a cependant une face sombre : il est adepte du BDSM. La jeune femme doit alors décider si elle est prête ou non à entrer dans cet univers. (Wikipédia)
Il faut voir aussi comment Christian Grey lui vend le BDSM. D’ailleurs, il ne vend rien, il ne la guide pas un instant, il ne lui explique rien, il lui montre son donjon, donne le contrat et lui demande de se renseigner sur le net par elle-même. Chose qu’elle ne fait pas, puisqu’au moment de la négociation autour du contrat, elle lui demande ce qu’est un butt plug. En gros, il veut une soumise prête à l’emploi, sauf que ça n’existe pas, même dans le meilleur des mondes possibles. Que dire donc d’un dominant qui ne valorise pas le dialogue et le consentement éclairé qui sont les bases ? J’avais beau savoir qu’il y avait un gros problème de représentation du BDSM dans le film, je suis quand même catastrophée. Le summum du n’importe quoi est sans doute atteint dans cet échange :
Anastasia : You’re a sadist?
Christian : I’m a dominant.
Anastasia : What does that mean?
Christian : It means I want you to willingly surrender yourself to me.
Anastasia : Why would I do that?
Christian : To please me.
Anastasia : Please you? How?
Christian : I have rules, if you follow them, I’ll reward you. If you don’t, I’ll punish you.
Anastasia : You’d punish me, you’d use this stuff on me?
Christian : Yes.
Anastasia : What would I get out of this?
Christian : Me.
Me? Wrong answer, Christian! « Si tu ne signes pas le contrat, on ne baise pas. Et le contrat, tu en es où ? Hé, ça fait 4 jours, tu as signé le contrat ? De toute façon, on ne dormira pas ensemble, je vais juste te baiser. » Et c’est tout du long comme ça. Tout ça, c’est du chantage affectif. Comment voulez-vous qu’elle apprécie les six coups à la fin si elle le fait uniquement pour lui sans comprendre qu’elle peut aussi en retirer un plaisir physique très fort ? Là, elle a juste mal et je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Strictement rien ne lui a été expliqué. C’est bien parti pour se finir comme dans Le Lien de Vanessa Duriès à ce rythme : ne rien refuser, sinon c’est la rupture et le rejet. Alors, certes, Anastasia fait de la résistance et finit par partir parce qu’elle n’est pas heureuse, et c’est la meilleure chose qu’elle puisse faire pour son bien, le hic, c’est qu’on sait qu’elle va revenir puisqu’il s’agit d’une romance et qu’elle est là pour sauver Christian. (De quoi ? Je ne sais pas trop. Il me semble assez grand pour gérer tout seul ses névroses.) Mais je dois dire que ce qui m’a laissée sur les fesses à la fin, c’est qu’elle lui dit être tombée amoureuse et qu’il lui dit qu’elle ne doit pas l’être… C’est pourtant bien là-dessus qu’il s’appuie tout du long pour essayer de l’amener exactement là où il veut. Et cerise sur le gâteau : ça n’était même pas mentionné dans son petit contrat de soumission.
Admettons maintenant que l’on mette de côté le « BDSM » fantaisiste du film, il reste une gentillette histoire d’amour façon « c’est compliqué ». Alors, certes, je ne suis pas cœur de cible, mais le succès de Cinquante nuances me fait quand même dire qu’il y a un problème profond quelque part. À quel moment ce besoin de tout donner à l’autre, de tout faire pour l’autre, d’appartenir à l’autre, de dépendre de l’autre est-il indicateur d’une relation saine et équilibrée qui fera avancer les rapports femme/homme, notamment dans le jeu de la séduction ? Parce que c’est justement la vision d’Anastasia à laquelle s’identifient nombre de spectatrices et qui fait le succès des livres et des films. Un homme riche, jeune, beau, bon au pieu, protecteur et possessif qui lit dans les esprits est le summum du fantasme pour la femme. Et cet archétype peuple les romances qui se vendent à la pelle. On ne peut vraiment pas trouver plus bandant dans ce monde ? Vraiment pas ? Genre un bon petit porno d’Erika Lust ?

