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Claude — Gros homme gentil, très tendre, rencontré près de chez moi un soir de pluie en rentrant de L’Aiglon – d’origine française – suce, baise, 100 Frs. (Lui ai prêté Pourriture de psychiatrie et La Redresse.)
Christian — (de Berne) Gentil, quarantaine, cheveux blancs frisés, assez rondelet, sucer devant le miroir, puis sur le lit, enculer profond, sucer à fond. 100 Frs. Intérieur de l’anus assez lamellifère, prostate enfoncée.
Pierre — Grand très maigre, 40 ans, lunettes, plus beaucoup de cheveux – aime la musique et l’écologie – air Français moyen intellectuel – jouis dans la bouche – ne pas enculer – sucer avec beaucoup d’art et de nuances, fourmis japonaises, etc., 80 Frs. (Dit que je suis une ‘parenthèse dans le Temps ».)
Willy — Homme charmant genre méditerranéen, très caressant (genre Truand de charme ou intellectuel) – sucer, enculer doucement (ou pas ?), 80 Frs. (On pourrait en être presque amoureuse…) (Oh la la…!) (Intérieur du cul extrêmement moelleux.)
Ce que dévoile aussi ce travail de compilation, c’est un aperçu au plus près des pratiques demandées, avec notamment cette propension des hommes à accompagner la fellation d’un petit massage prostatique, chose qui, de toute évidence, ne se demande pas à la maison. Pas plus à l’époque qu’aujourd’hui d’ailleurs. Avec le recul, il n’y a finalement pas que la femme qui a encore du pain sur la planche pour être vraiment libéré·e.
LE BORDEL DU FUTUR
[…] C’est là, enfin la plus belle victoire des Ligues Abolitionnistes et de la propreté helvétique conjuguées au dernier cri de la morale judéo-chrétienne : il n’y a plus une seule Putain dans les rues de Genève, ni aux Pâquis, ni égrenées comme autrefois sous les ponts du boulevard Helvétique. On les a toutes recyclées en Bourgeoises-dites-Honnêtes à la périphérie de la ville, chacune dans un pavillon entouré d’un jardin, où elles coulent leurs derniers jours dans le calme de la repentance, aux frais de l’État et de l’Église, assistées socialement, médicalement et gratuitement par toute la communauté de leurs anciens clients reconnaissants.
Désormais délivrés de toute angoisse, de toute culpabilité et de la crainte autrefois toute-puissante des virus, les consommateurs de l’amour se rendent régulièrement au palais comme au va au musée, où d’étage en étage, servis par d’habiles mécanismes cachés à l’intérieur des statues (à chaque fois immédiatement désinfectés après usage), ils réalisent impunément leurs fantasmes. Ces splendides Robots érotico-sexuels fonctionnent jour et nuit, mobiles, souples, se déplaçant à volonté, avançant qui une main ou un cul compatissants, une bouche vibratile, une verge à la finesse de pulpe, un clitoris fruité, parfumé à la fraise ou au lys martagon, offerts à la convoitise des usagers éblouis.
Nul besoin maintenant dans ce Paradis aseptique d’avoir recours aux anciennes rebutantes protections (plus connues sous le nom des capotes anglaises) au goût si âcre, et qui pétaient souvent au moment le plus dramatique, vous menaçant d’une mort à long terme.
Tranquilles, sûrs de leurs droits et n’éveillant la jalousie de leurs épouses par aucune aventure « sur le vif », bien au contraire, les soulageant d’un devoir conjugal et bestial trop souvent répété et subi à leur corps défendant… les citoyens s’en retournent chez eux libérés et joyeux, et tout réconfortés de pouvoir sans arrière-pensée se consacrer à leur famille et spirituellement à leur femme, n’ayant qu’une tendresse sans risque à lui donner, et sans craindre l’échec qui guettait autrefois des rapports incertains.
C’est ainsi que Genève, ville humaniste de toute éternité se souvenant de sa grande époque de pureté calviniste, a su rendre tout leur éclat aux Droits de l’Homme enfin réconciliés avec les Droits si souvent méconnus et trop bafoués de la Femme.

