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« Comme si c’était normal », « Je voudrais être une femme normale ». On entend ça tous les jours quand on est sexologue. Tant de femmes souffrent parce qu’elles ne se sentent pas normales !
L’orgasme. Vaste sujet, n’est-ce pas ? En tout cas, ça faisait un moment qu’en parler me démangeait. Surtout que, de toute évidence, je m’intéresse à la sexualité au sens large, que je lis pas mal de choses sur la chose et que je ne suis pas encore totalement un cerveau sans corps. Parfois, je bouillonne.
À écouter les sons de cloches, il faut jouir, jouir, jouir jusqu’à l’orgasme à tous les coups. Puis il faut jouir comme ci et pas comme ça, comme s’il y avait quelque part une jolie petite checklist sur la bonne façon de jouir (J’ai léché (un peu) : OK; j’ai mis un doigt sur le gland du clitoris et ma bite dans son vagin : OK ; j’ai bourriné avec un angle de 45° en maintenant ses jambes à un angle de 90° et en faisant des mouvements circulaires dans le sens inverse des aiguilles d’une montre avec mon doigt sur le cadran haut gauche du gland : OK ; elle a crié : OK ; elle a rougi : OK ; elle a vibré de partout : OK ; j’ai joui aussi : OK. Satisfaction globale : 5/10. Bien mais pas top.) À cela se rajoutent les magazines féminins qui libèrent la femme en l’empêchant de penser hors de la boîte et donc pour elle, parce que ça serait ballot qu’elle arrête de les acheter. Combien d’articles chaque année sur les 6… 12… non, 40 positions pour obtenir un orgasme à coup sûr ? Combien de dissonances aussi dans les discours ? Ah, attendez, maintenant, on nous donne le droit de ne pas jouir parce qu’il n’y a pas que l’orgasme dans le sexe et qu’il serait bête de se prendre la tête avec ça quand même. Et bien sûr, il y a toujours l’ombre de l’autre cloche de Freud qui a bien aidé à véhiculer l’idée que la femme n’est une femme que quand elle jouit vaginalement. Le clito, c’est pour les immatures et il faut absolument que la petite fille se détache de l’idée d’avoir un jour un pénis. (Ouais, ben j’achète un gode-ceinture si je veux d’abord ! Et je prends qui je veux avec !) Bonjour les divergences d’opinions et les très pernicieuses injonctions à tout va. Et, malheureusement, qu’on le veuille ou non, on est bombardées par tout ça au détour du net, du rayon presse de Leclerc ou dans la salle d’attente du médecin. Aussi à l’aise dans ses baskets qu’on puisse l’être, on y sera toujours un peu sensibles parce qu’on a toujours une petite insécurité à la con qui traine dans un coin et qui va se retrouver malmenée. Je ne fais pas exception à la règle.
Tout ce que je vois, c’est que je prends mon pied à ma façon et que mes partenaires avec qui je fais un bout de chemin, à qui je parle et qui m’écoutent, bénéficient de mes enseignements pour être actifs dans mon plaisir en s’adaptant à ses spécificités. Le seul fait que je les enchaîne et que je sonorise le voisinage suffit à coller un grand sourire sur le visage de tout le monde dans la pièce, alors, le comment, on s’en fout un peu en fait ; personne n’est jamais frustré. Mais, du coup, mes orgasmes ne sont pas offerts sur un plateau à tout le monde (mais le sont-ils jamais ?) ; il faut apprivoiser la bête avant, parce que ça n’arrivera jamais sur un malentendu avec le premier venu (même si ça me ferait une belle surprise, je crois). À noter que pour les jeux de contrôle d’orgasmes et d’edge play, par contre, je présente quelques avantages intéressants. Quant à la perception de l’absence d’orgasmes dans la plupart des premiers rendez-vous, je ne me suis fait griller qu’une seule fois alors que je n’ai pourtant jamais simulé de toute ma vie (aucun ego n’en est mort à ce jour). J’en ai déduit que les hommes, même les plus attentifs au plaisir de leur partenaire, n’ont pas vraiment moyen de savoir tant il y a de variations d’une femme à l’autre. De mon côté, je peux planer des heures suite à un rendez-vous sans avoir eu un seul orgasme, sans doute parce que j’ai appris par la force des choses à ne pas me focaliser là-dessus. Un petit mal pour un grand bien au final.
P.S. : L’image en haut de l’article provient du site Bibliothèque des orgasmes.
P.P.S. : J’ai quelques podcasts sous le coude comme toujours. Les boules de Geisha, Qu’est-ce que l’orgasme féminin ?
Bonus décalé :

