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Présentation de l’éditeur : À la manière d’un journal intime, Maryssa Rachel nous emmène à travers les chemins sinueux du libertinage, révélant ainsi toute la complexité de l’être humain et de ses désirs les plus profonds. Déroutant ou dérangeant, ses mots tantôt doux tantôt acerbes continueront de provoquer ou simplement d’exister, sans même se retourner, sous le regard conformiste d’une société en plein questionnement. Avec Décousue, la collection Indécence de L’ivre-Book vous ouvre ses portes. Réservé à un public averti et majeur.
« Déroutant ou dérangeant ». En l’occurrence, ce ne fut ni l’un ni l’autre. Sans doute parce qu’il n’y a rien de si étonnant dans le parcours de Rose, l’héroïne de Décousue, à partir du moment où l’on évolue vaguement dans les mêmes eaux et que l’on prend le temps d’observer et de discuter. Nos façons de pratiquer le libertinage se recoupent par moments, divergent fortement à d’autres. Une chose est sûre : nos motivations ne sont pas les mêmes et nous n’en faisons donc pas la même chose. Même si le processus d’identification n’est pas nécessaire mais reste toujours tentant, Rose représente une image assez crédible d’un libertinage où le sexe est pulsionnel, parfois peu réfléchi mais pas mal vécu, et un peu trop souvent sous influence des sempiternelles bubulles. Rose veut, Rose prend. Rose expérimente, Rose assume, Rose sait ce qu’elle veut, sauf quand elle ne sait plus, Rose a tellement cédé aux tentations qu’elle finit par rencontrer l’ennui. Rose fuit vers l’avant pour rester en mouvement constant. Rose perd pied parfois. D’où le titre.
Il est assez délicat de faire la part des choses entre le discours revendicatif de l’autrice qui transparaît de manière évidente entre les mots de Rose, les expériences propres de l’autrice retranscrites ici et la fiction pure. Ça crée un tout où il est parfois difficile de dissocier l’autrice de sa créature. Il est évident que Maryssa Rachel essaye de faire passer des messages de l’ordre du sexpowerment qui, forcément, font écho chez moi. Mais en parallèle, il y a une forme de rejet violent de ce féministe prosexe qui est juste qualifié de phénomène de mode. C’est dommage. D’autant plus que les mots de Rose s’accompagnent volontiers d’un jugement acerbe des autres femmes, de ses amis, de la société. Ce qui, en fin de compte, la rend assez peu sympathique et pénalise le message vantant les bienfaits de l’extraction du carcan. On est bien loin du sexe jubilatoire d’Eve de Candaulie qui n’est pas en reste quand il s’agit de pratiques extrêmes, de quête de jouissance et de flûtes de champagne. On est loin de sa plume aussi. Et, à l’opposé, ce n’est pas non plus Joe de Nymphomaniac, dont le parcours m’avait vraiment beaucoup touchée. Dans Décousue, je n’ai jamais été surprise, secouée, excitée, j’ai fini par trop remarquer les problèmes de correction, notamment de ponctuation, et j’ai survolé certains passages sans grand intérêt stylistique ou « philosophique ».
Maryssa Rachel plante un décor, car il est d’ores et déjà évident qu’Outrage (la suite) va venir s’appuyer sur le portrait dépeint ici. Les bases de la créature sont posées, l’auteur peut maintenant en faire ce qu’elle veut, même si, finalement, tout aurait pu s’arrêter avec Décousue. À suivre donc. Sans beaucoup d’enthousiasme.
Note : Comme quoi, il n’est pas si difficile pour un éditeur de rajouter une mention ; « Réservé à un public averti et majeur. » Ça évite les polémiques stériles qui n’ont pas d’autres objectifs que de créer un buzz autour d’une sortie. Notez que ça a marché vu que je ne connaissais pas Maryssa Rachel avant.

