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Partout où elle passe dans les médias, Gala Fur précise bien que, contrairement à ce que dit la couverture, il s’agit du dictionnaire illustré du BDSM. Une bourde de l’éditeur ? Un changement d’axe de communication tardif ? En tout cas, c’est un oubli curieux sachant que ce qui fait une des richesses de ce dictionnaire est justement l’abondance de visuels. La part belle est donnée aux photographes, aux illustrateurs et aux artistes au sens large, ce qui permet de découvrir quantité de noms et de faire fonctionner son moteur de recherche favori en parallèle de la lecture. Une autre grande richesse de cet ouvrage est la masse de références bibliographiques et cinématographiques qui viendront sans doute allonger votre pile à lire et votre pile à voir. Autant dire que si vous êtes curieux, ce livre risque de vous occuper bien plus longtemps que vous ne l’imaginiez en l’ouvrant.
Ce qui n’en fait pas tout à fait un dictionnaire classique non plus, c’est qu’au milieu des définitions des pratiques et des mots clés parfois obscurs pour les non-initiés, il y a aussi une volonté de parler des grands événements et personnalités du BDSM tels que l’autrice les a vécus ou côtoyés et d’ancrer le BDSM dans l’histoire et dans le monde. Ce qui justifie en partie la mise en avant de nombreuses dominas historiques de Paris et d’ailleurs. L’un des rares maîtres parisiens dont le nom revient à plusieurs reprises est Patrick Le Sage, que je ne porte pas dans mon cœur depuis que j’ai lu l’un de ses livres. Gala Fur ne va pas jusqu’à créer un item sur elle, mais elle aurait presque pu puisque la plupart de ses connaissances sont présentées et qu’elle parle de ses écrits, photos et films à plusieurs reprises.
C’est aussi là que ce dictionnaire atteint une de ses limites, car, en donnant une vision très contextualisée du BDSM, il se crée une forme de déconnexion palpable entre le pratiquant lambda qui cherche juste à enrichir son vocabulaire et le frétillement des grandes villes telles que Paris, Londres et New York où l’on trouve grosses fiestas, soirées select, donjons et stars, qui lui resteront étrangers. Ce qui renvoie un peu trop à ce snobisme de la capitale et ses cercles d’entre-soi vis-à-vis du reste du territoire. Petite sensation de snobisme renforcée par les nombreuses références faites à 50 nuances de Grey, car s’il est indéniable qu’il y a eu un avant et un après, il permet aussi à certains de se positionner en disant : moi, j’ai commencé avant. Une différence dans les intentions et la pratique qui transparaît dans les définitions et le propos qui ne sont plus toujours aussi neutres qu’un simple dictionnaire l’aurait exigé.
Dans l’ensemble, à condition de faire abstraction du léger snobisme ambiant, de l’absence ponctuelle de neutralité, des petites erreurs et des coquilles, l’ouvrage vaut quand même largement le détour. C’est un bel objet carré et épais à la couverture rigide qui présente bien et est vraiment riche en illustrations. Même après lecture, il reste très plaisant à feuilleter juste pour le plaisir des yeux. Pour ce qui est de l’aspect dictionnaire pur et dur, je crains qu’il ne reste pas vraiment une référence par contre.

