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J’ai été choquée d’entendre que de nombreux hommes de moins de 25 ans n’avaient jamais vu un pubis de femme non épilé. Pour eux, la vulve est imberbe. Néanmoins, je ne suis pas étonnée : l’épilation intégrale est un fléau auquel j’ai affaire tous les jours dans mon cabinet.
Lorsque j’ai commencé dans la profession, on devait couper les poils des femmes pour mieux les examiner, car ils étaient très longs et aucune n’était épilée. On rasait également les grandes lèvres quand elles accouchaient.
Aujourd’hui, c’est l’inverse : la grande majorité des mes patientes sont épilées intégralement, et d’autant plus quand elles sont jeunes. Pour les 18-20 ans, c’est devenu la norme.
En fonction de l’âge, il y a celles qui sont épilées intégralement, celles qui ont un ticket de métro, ou dont l’épilation épouse la forme du maillot de bain. Mais toutes ont un point commun : c’est un endroit entretenu auquel elles consacrent du temps.
L’épilation intégrale doit son succès à l’industrie pornographie : VRAI.
C’est en tous cas ce que prétend l’enquête Ifop, qui affirme que l’épilation intégrale est devenue la norme dans les films X dès les années 90. Cela explique également le jeune âge de la majorité des femmes dont le sexe est intégralement épilé. Les moins de 25 ans sont les plus grands consommateurs de films pornographiques. Si 14% des femmes françaises s’épilent intégralement, ce chiffre monte à 45% chez les plus jeunes.
Femme seule 1 : Je n’aime pas les poils et encore moins les mauvaises odeurs!!!
Femme seule 2 : Ah si…je déteste les poils (non aux poilus et ventrus).Nette préférence pour les sportifs, imberbes.Femme seule 3 : Je rencontre en journée et en semaine des partenaires qui me ressemblent (35/45 ans, sympathiques et respectueux, capables de communiquer, minces et dynamiques, non-fumeurs, peau lisse, hygiène indispensable…).Couple 1 : Interdit aux poilsCouple 2 : Ce qui nous attire pas : les insistants ou autre mort de faim, les poils ou tout autre manque d’hygiène.
Couple 3 : Les mythos, les poilus, les irrespectueux, les sans photos, ceux qui fantasment, oubliez nous, merci.
Homme seul : C’est quand même plus joli avec le torse épilé ! (me dit-il en m’envoyant une photo de son torse pas encore épilé justement)
Moi : Alors, figure-toi que je n’ai strictement rien contre les poils.
Ah ! ces petits détails qui peuvent avoir un grand impact sur votre vie libertine…
Les poils. C’est vrai que c’est toute une histoire.
J’ai vite compris en parcourant les annonces que les poils étaient un sujet de la plus haute importance, à la limite du choix politique. Et d’ailleurs, il est de bon ton d’annoncer la couleur dès la fiche de présentation : pilosité naturelle/semi-épilée/épilée/ne se prononce pas.
J’avoue que je suis tombée de haut en découvrant ça. C’est curieusement une question qui ne m’avait jamais effleuré l’esprit. Surtout au sujet des autres. Poils, pas poils. C’est comme chez McDo : Venez comme vous êtes. À titre personnel, je m’épile à certains endroits, je tonds à d’autres, je le faisais avant de coquiner et pour moi avant tout parce que je trouve ça plus joli ; je n’ai pas changé mes habitudes depuis. Je le fais juste un peu plus souvent maintenant parce que j’aime quand c’est bien carré, comme un lit bien fait, et qu’accessoirement, le faire plus souvent, c’est aussi moins douloureux. Pour me faire tout enlever, il faudra être sacrément persuasif en tout cas. Je suis même prête à parier que certains, au contraire, ne diraient rien si je « me laissais un peu aller » de temps en temps… Sans parler de ce contact que je n’ai jamais pu rencontrer à cause de la distance, et qui aurait bien voulu me voir aussi naturelle que possible.
La gynécologue plus haut a raison, c’est le plus souvent une question d’âge : la vieille école versus la génération porno avec un dégradé de tolérance entre les deux. Pour certains, la liberté s’arrête là où le poil repousse ; j’irais même jusqu’à dire qu’ils sont devenus intégristes du poil (ou du non-poil plutôt). C’est tristoune quand même, car c’est vraiment le genre de petites choses sur lesquelles on ne devrait pas s’arrêter. Et il ne s’agit plus d’une simple affaire de goûts et de couleurs (ce qui serait un choix), mais bien d’une forme de conditionnement. Oui, un mont de Vénus sans poil, c’est vachement plus photogénique à l’écran, mais, encore une fois, le porno n’est pas la réalité. Est-il vraiment normal que la touffe soit devenue un marché de niche, franchement ? C’est sans doute pour ça que j’ai une certaine affection pour Bobbi Starr.
Le plus étrange, c’est que, de mes quelques relations avec des femmes, je n’ai jamais pu savoir ce que c’était de faire un cunnilingus avec des poils entre les dents (ou qui picotent le bout de la langue), puisque toutes étaient entièrement épilées. Je ne vais pas m’en plaindre, c’est plutôt (même très) agréable à lécher, mais du coup, je ne peux pas du tout comparer avec et sans. Visuellement, je préfère avec poils, comme chez moi. Et je suis obligée de m’en référer à mes partenaires masculins pour avoir une idée de ce que ça fait avec.
J’ai eu tout loisir de constater que non seulement les autres femmes font la chasse aux poils où qu’ils se trouvent, mais qu’en plus, les hommes s’y sont mis aussi… Ô torses imberbes qui visitez ma fiche à longueur de journée, je vous le dis, en vérité, en vérité, vous ne m’attirez pas vraiment. Chez un homme, le côté rasé de partout me gêne même assez. La première fois que j’ai découvert qu’un de mes partenaires, qui pourtant était plutôt nature sans être trop touffu, avait tout rasé le matin même sous la douche, j’ai eu un choc. Mais ils sont où, les poils ? Est-ce que ça change vraiment quelque chose quand je le suce ? Non, vraiment, il manque un truc là ! J’aime bien quand mon nez s’enfonce dedans quand je… Bref. Repoussez, poils ! Et vite !
Certes, certains hommes sont vraiment poilus, très poilus : torse, jambes, dos, ventre, bras, fesses ; et du poil bien noir avec ça. Mais ça a quelque chose de viril, tous ces poils parfois, non ? En plus, un poil bien entretenu peut être très doux. Et puis, zut, ce n’est pas le poil qui fait l’homme de toute façon. Ah, on me signale dans mon oreillette que raser les poils du pubis chez un mec permet de donner l’impression que la queue est plus longue… Ah ? Oh, moi, les histoires de taille de toute façon…
P.-S. Pour les anglophones, un très bon article sur l’histoire de la disparition du poil.

