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Nobuyoshi Araki est un photographe dont je croise régulièrement le travail depuis des années, mais sur lequel je ne m’étais jamais vraiment penchée sérieusement jusqu’à très récemment. C’est sans doute l’article des 400 culs sur le livre Leçon de photo intégrale qui m’aura décidée à le faire. J’ai depuis fait l’acquisition de Tokyo Lucky Hole et de l’anthologie parue à l’occasion de l’exposition qui lui a été consacrée au Musée Guimet en 2016. Ce qui m’a permis d’avoir une vision un peu plus large de son travail qui ne se résume pas qu’aux photos sulfureuses. Comme le montre très bien Arakimentari, le petit homme à la coiffure doublement pointue est un hyperactif de la photo. Il shoote tout le temps, n’importe où, limite n’importe quoi et n’importe comment. Au fil des décennies, il a collecté des milliers d’empreintes visuelles de chaque époque qu’il a traversée. C’est ce qui fait tout le charme de Tokyo Lucky Hole par exemple. Au-delà de photos de femmes nues et de soirées chaudes tokyoïtes, le livre est avant tout la mémoire photographique précieuse d’une période révolue.

Dans le documentaire de Travis Klose, Araki évoque sa vie et son travail, un peu sa vision du monde et surtout ses sources d’inspiration, pour ne pas dire obsessions : le sexe, les femmes, sa femme, les visages, les fleurs, son chat, les instants volés. Lors des shootings professionnels, il sautille, virevolte, change d’appareil cinq fois ; il est difficile à suivre autant dans ses mouvements que dans sa pensée. Et pourtant, le résultat est là, bluffant, car l’homme sait saisir des regards, des attitudes, des pensées, des ambiances. Sous la bonhomie et la perversité évidente, il sait ce qu’il veut et il l’obtient. Le personnage pourrait être entièrement fascinant si seulement sa façon de procéder n’était pas en mesure de lui coller aux fesses quelques procès pour attouchements et agressions sexuelles en raison des nombreux gestes déplacés et totalement gratuits qu’il s’autorise avec les modèles hors caméra. Araki ou pas, je lui aurais personnellement mis ma main dans la figure.

Il est à noter que Björk et Takeshi Kitano interviennent à plusieurs reprises pour donner leur point de vue sur le travail du photographe, mais ces passages sont très dispensables selon moi. Le cœur du documentaire reste vraiment les moments où Araki commente son travail et s’agite. Le génie à l’œuvre. Et de très nombreuses photos pour en témoigner.

Arakimentari date de 2004 et est disponible sur la plateforme payante Outbuster ou en DVD. Attention, il ne semble pas exister d’autres versions que celle sous-titrée en anglais.