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Il aura fallu que l’idée frôle mon esprit une fois pour qu’elle me grignote tout doucement. Je l’ai bien entendu, ce mot, quand tu l’as prononcé plus ou moins innocemment lors de notre premier rendez-vous. Je l’ai laissé flotter dans l’air sans réagir. Je l’ai entendu revenir deux ou trois fois depuis, au hasard de nos conversations. Je sais exactement ce qu’il sous-entend, les tenants, les aboutissants, pour toi, pour moi. La théorie. Je me suis déjà abandonnée à de grands moments de sexe bestial, mais ça, jamais. Pourtant, l’idée est là, l’envie est là, la peur est là.
Alors, pour ce jour-là, le jour de notre troisième rendez-vous, c’est moi qui l’avais suggéré, cette idée. Suffisamment en avance pour que nous soyons tous les deux dans le bon état d’esprit, surtout moi. L’hôtel a été choisi en amont, nous avions juste à nous retrouver devant l’entrée à l’heure dite. J’avais respecté ta demande : ne rien porter sous mon long manteau, hormis un ensemble très sexy. Je frissonne en t’attendant. Il fait froid et ce mélange d’excitation et de peur fait pomper l’adrénaline dans mes veines. Ne pas oublier de respirer pour calmer les papillons dans mon ventre. Pourtant, mon souffle se coupe quand je te vois apparaître plus haut dans la rue, ton regard déjà posé sur moi, si sérieux, déjà en train d’essayer de décrypter les vagues d’expressions de mon visage. De la nervosité et du désir, voilà ce qu’il y a à lire cette fois. Et si mon corps ne tenait pas le coup sous ton assaut, si j’en venais à dire stop avant même d’avoir vraiment commencé. Pourtant, j’en ai envie, de ce moment, j’ai besoin de savoir si j’en suis capable, si je vais en retirer quelque chose ou si ce n’est qu’une envie de plus destinée à ne jamais se réaliser.
Le bonjour est rapide, mon sourire nerveux, ton bras, à la fois protecteur et possessif, s’enroule autour de ma taille et tu me guides vers l’entrée de l’hôtel. Quelques démarches administratives plus tard et tu as la clé de la chambre en main. C’est là que le début de ce bout d’idée que j’avais émis il y a quelques semaines doit s’initier. Dans l’ascenseur, je fais deux choses : te tendre un préservatif et retirer rapidement ma culotte que je décide de te donner aussi pour que tu mesures l’effet que ce scénario a sur moi. Tu contemples la culotte quelques secondes et la glisses dans ta poche. L’ascenseur s’arrête, je suis liquéfiée. Mon stress est devenu palpable et il alimente comme il faut ton instinct de prédateur. De nouveau ta main se glisse sur ma hanche pour me guider vers la chambre. Ce silence entre nous est oppressant. La clé glisse dans la fente, le pêne cliquette, tu ouvres la porte et me laisses passer devant. Je m’avance, j’hésite. Mince, j’ai tellement envie de toi ; depuis deux mois, j’ai envie de te revoir charnellement et je n’avais pas vraiment imaginé nos retrouvailles ainsi.
Je n’ose me retourner, je suis concentrée sur le moindre petit bruit qui me mène psychologiquement pas à pas vers le moment. Le froissement de tissu de ton manteau que tu retires. Le tintement de ta boucle de ceinture que tu défais, ta braguette qui descend, un bruissement de tissu encore, un emballage que tu déchires et le bruit très plastique du préservatif que tu déroules sur ton sexe que j’imagine déjà très dur. Je ferme les yeux, j’ai le cœur qui bat à tout rompre et la gorge sèche. D’une seconde à l’autre maintenant. Mon corps essaye d’anticiper le mouvement, le contact, mais je ne peux que rester immobile à attendre. Le temps s’étire jusqu’à ce que ta main enserre brusquement ma nuque et que la force brute de ton corps tout entier me pousse et me bouscule. J’essaye de ne pas trébucher sur mes talons hauts. C’est peine perdue, je perds pied et tu me traînes presque. Le mot « catin » vient sonner dans mes oreilles. Je me retrouve plaquée sur le lit, le corps plié en deux, ta main toujours sur ma nuque, maintenant fermement ma tête contre le matelas. D’un pied, tu me forces à écarter les jambes et ton autre main se glisse sous mon manteau pour le relever et dévoiler mes fesses nues encadrées d’un porte-jarretelles noir. Pas de fessée cette fois, pas de doigts baladeurs dans mon intimité, pas de vérification préalable. J’ai à peine le temps de m’agripper au-dessus de lit que tu t’empales en moi d’un grand coup de reins. Un mouvement, un glissement étonnamment fluide, un râle, et tu es au plus profond de moi, jusqu’à la garde. Ma surprise s’accompagne d’une douleur, une douleur que je n’aime pas et qui m’arrache un cri sans une once de simulation. Tout mon corps s’est crispé sous cet unique coup. Comme à son écoute, tu restes figé comme ça. Le temps a suspendu son vol les quelques secondes qui me sont nécessaires pour que je revienne dans le moment, que je me ressaisisse suffisamment pour accepter la suite de l’assaut.
J’inspire, j’expire. Mon corps se détend juste ce qu’il faut pour que tu l’interprètes comme un accord silencieux. Ta voix impérieuse me somme de joindre mes mains dans le dos. Mains que tu t’empresses de saisir d’une poigne de fer. Me voilà vraiment à ta merci, mon corps prisonnier de tes mains, enfilée sur ta queue, et le mouvement de tes reins qui reprend, sans concession, brutal et profond. Animal. Les mots fusent entre deux grognements pour mieux tenir mon esprit en laisse. « Salope », « chienne », « catin ». Ton poids, ta voix, la chaleur de ton corps dans cet acte en apparence si froid. J’ai juste besoin d’être ta chose, celle dont tu disposes, peu importe le reste. Je n’ai plus conscience du temps, des changements de position, parfois très inconfortable, que tu m’imposes, de mes gémissements ; mon univers s’est réduit à cette sensation d’emprise sur mon âme et sur mon corps. Je ne songe même pas à me débattre, je suis objet et tu jouis de moi. Oui, te voir jouir, enfin. Ou tu veux, quand tu veux, comme tu veux. Le voilà mon objectif : savoir qu’à la fin, tu vas jouir et que ça sera ta façon à toi de me remercier.
Ta main vient de s’emparer d’une masse de cheveux, tu me traînes à ta suite en te relevant et me jettes aussitôt à tes genoux. Déjà, ta queue se fraye un chemin entre mes lèvres et c’est ma bouche que tu baises maintenant. Encore tes mots d’encouragement si crus alors que je me bats pour trouver mon souffle. Je fais de mon mieux, je pompe, j’aspire, je joue de la langue, mais tu ne me laisses le temps de rien. Juste de subir encore et encore… jusqu’à ce que je la sente m’envahir la bouche, couler sur ma langue. Ta semence tant attendue. Et je bois jusqu’à plus soif, car elle est là ma gratification. J’ose à peine te regarder, je suis essoufflée, cassée, sans doute en larmes, vidée. Je ne sais pas ce qu’il y a après. Peut-être vas-tu tout simplement m’abandonner là.
C’est alors que tu m’aides à me relever, déboutonnes mon manteau et me le retires. J’ai froid. Toujours. L’adrénaline redescend en flèche. Je tremble. Tes mots se font plus doux, caressants. Tu es satisfait, il semblerait. Le lit s’ouvre devant moi et je me retrouve sous les draps. Encore quelques bruissements de tissus, et ton corps nu vient m’envelopper tout contre lui, je me sens protégée dans le creux de tes bras. Ta voix chaude me berce et je m’abandonne au sommeil… toujours sans lutter.
