C’est marrant, jusqu’à tomber sur la vidéo sur le
masochisme de Yann Kerninon, je ne me serais jamais vraiment qualifiée de masochiste. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir déjà abordé le sujet de
mon rapport à la douleur sur ce blog. Mais justement, comme j’utilise « cordes » pour parler de shibari, je dis « douleur » pour parler de masochisme. Ça crée malgré tout une distance.
J’aime la douleur, donc. Pas sous toutes ses formes, pas tout le temps et pas avec n’importe qui, mais elle est indéniablement au centre de mes pratiques BDSM. Avec celle des cordes. L’une mêlée à l’autre m’a permis d’expérimenter une nouvelle forme de douleur qui n’a vraiment rien à voir avec la douleur progressive de la flagellation que j’affectionne aussi beaucoup (surtout avec un peu de cire chaude dessus pour finaliser). Non, cette douleur-là submerge vite, fort, et plonge rapidement dans un état de bien-être et de détente incroyable.
Il n’y a pas de recette magique, hélas. Il y a des jours où ça ne marche pas, et d’autres où mon cerveau me donne l’impression de vouloir s’écouler sur le parquet. En tout cas, ça implique toujours une suspension ou une semi-suspension.
Lors des premiers passages de cordes au sol, il y a juste la contrainte, plus ou moins forte. C’est là qu’il y a le plus d’échanges sur le positionnement, sur les endroits où ça pince, où ça fait vraiment mal, où ça appuie trop. À cette étape, tout est fait pour qu’il n’y ait plus de mauvaise douleur, afin que la montée ne soit que bonne douleur pour moi. Très honnêtement, je ne sais pas comment mon corps fait la distinction entre les deux, car lors de la montée, ma peau et mes chairs subissent l’effet de la gravité et du poids de mon corps. Je sais que mon visage grimace, je sais que je souffle et que j’essaye de supporter en travaillant sur ma respiration. Je sais aussi que tout mon esprit est court-circuité d’un coup, que, pendant quelques instants, tout n’est que lumière blanche dans ma tête et que je deviens ensuite hyperconsciente de ces cordes qui s’enfoncent, se serrent, grincent. À ce moment-là, il y a un cap à passer. Sauf que je ne m’en rends jamais compte. D’un seul coup, je n’ai plus mal, je suis juste bien. Et ça se voit sur mon visage.
La suite varie selon les envies et possibilités. Soit il y a photos et décrochage après avoir profité un peu de cet état si planant. Soit la position change un peu, mais jamais trop pour éviter les blessures – je n’ai pas le corps d’une nymphette de 20 ans qui fait 50 h de yoga par semaine. Soit vient s’ajouter un peu plus de douleur avec une badine, un martinet mordant ou un fouet, auxquels je ne peux bien sûr pas échapper. Et jamais, pendant tout ce temps, mon encordeur ne me perd de vue, même si mon état n’est pas toujours aisément lisible. Entre subspace et perte de connaissance, il n’y a parfois qu’un tout petit pas, qui n’a jamais été franchi. Heureusement. En tout cas, je ne suis pas étonnée que l’on puisse devenir accro aux cordes. Les sensations sont sans comparaison. Pour moi en tout cas.