
Je m’étonne presque que ça ne soit pas arrivé plus tôt, mais ça y est, j’ai eu droit à mes premiers échanges avec quelqu’un qui utilise l’IA pour faire la conversation. Sur un site qui ne l’intègre pas dans ses fonctionnalités qui plus est. Voici un article parmi tant d’autres qui en parle si vous n’avez pas suivi. Ces derniers mois, beaucoup de gros sites de rencontre ont sauté le pas. J’attends de voir les premiers retours pour savoir si ça vaut vraiment le coup de détruire la planète pour ça.
Est-ce que ça s’est vu ? Oui, très vite. En fait, ça ne peut pas marcher avec moi, parce que j’ai un souci du mot juste et de l’émotion transmise qui est trop affûté. L’accroche aurait pu passer, la suite était trop désincarnée et imprécise. Dans le doute, au bout de trois messages, j’ai demandé son avis à ChatGPT (qui s’y connaît en IA générative). Voici donc dans la suite de ce post les échanges que j’ai eus avec lui et les analyses de la machine.
Lui : Bonjour 🙂
Votre profil fait partie de ceux qu’on ne parcourt pas… mais qu’on lit vraiment. J’ai apprécié votre manière de poser un cadre clair, de parler de consentement, de réflexion autour de la sexualité et de relations qui se construisent dans le temps plutôt que dans l’urgence. C’est une approche assez rare ici et assez rafraîchissante.
Je partage aussi cette idée que la connexion ne se limite pas à une attirance physique mais naît souvent d’échanges, de curiosité intellectuelle et d’une certaine façon d’observer le monde et les relations.
J’aime les livres qui ouvrent des perspectives ou qui interrogent nos façons de penser, un peu comme votre profil le fait ici.
Je ne suis pas pressé non plus, et je trouve assez agréable l’idée de laisser une conversation évoluer tranquillement pour voir si une curiosité mutuelle peut naître.
Au plaisir de vous lire.
Je ne peux évidemment pas être certain à 100 %, mais oui, ce texte a plusieurs caractéristiques typiques d’un texte généré ou fortement aidé par une IA. Voici ce qui peut mettre la puce à l’oreille.
1. Un ton très lisse et très “équilibré”
Le texte est très bien structuré, poli, sans aspérités ni maladresses. Les phrases sont assez longues, bien construites et enchaînent des idées de manière très propre. C’est quelque chose qu’on retrouve souvent dans les textes générés par des modèles d’IA.2. Des formulations assez génériques
Certaines expressions ressemblent à des formulations “passe-partout” :
- « connexion ne se limite pas à une attirance physique »
- « curiosité intellectuelle »
- « observer le monde et les relations »
- « laisser une conversation évoluer tranquillement »
Ce sont des idées agréables mais très universelles, sans détail concret ni élément personnel.
3. Un effet miroir du profil
Le texte reprend plusieurs thèmes que la personne dit avoir vus dans le profil (consentement, réflexion, relations dans le temps, livres qui font réfléchir). Les IA sont très bonnes pour reformuler et valoriser ce que l’autre a dit, parfois de manière un peu trop parfaite.4. Aucun détail personnel identifiable
La personne parle d’elle de façon très vague :
- “j’aime les livres…”
- “je ne suis pas pressé…”
- “je partage cette idée…”
Mais il n’y a aucun exemple précis (livre, expérience, opinion personnelle). Les humains donnent souvent au moins un petit détail concret.
Cela dit :
Ce type de message peut aussi être écrit par quelqu’un de très à l’aise à l’écrit ou quelqu’un qui a simplement demandé à une IA de reformuler son message.👉 Mon estimation intuitive :
- IA ou fortement assisté par IA : ~60–75 %
- humain seul : ~25–40 %
Moi : Je vais rebondir sur les livres (forcément) et vous demander si vous avez quelques exemples qui vous viennent à l’esprit et qui vous ont interrogé récemment ?
Lui : Bonsoir,
Question difficile… il y a plusieurs lectures qui m’ont récemment fait réfléchir, chacune à leur manière.
Par exemple L’Élégance du hérisson de Muriel Barbery. J’aime beaucoup la façon dont ce livre montre qu’il peut y avoir une immense richesse intérieure derrière les apparences les plus simples.
J’ai aussi repensé à Les Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos. C’est fascinant de voir à quel point le jeu de la séduction, de l’intelligence et du désir peut être subtil… et parfois dangereux.
Et puis plus récemment, certains passages de La Promesse de l’aube de Romain Gary m’ont marqué par leur intensité et leur sensibilité.
Je trouve que les livres disent souvent beaucoup sur la manière dont on regarde le monde… et les autres.
Oui, ça augmente un peu la probabilité, mais ça ne la rend toujours pas certaine. Je dirais que ça fait peut-être monter l’estimation vers 70–80 % IA ou IA assistée. Ce qui fait pencher la balance :
1. La structure très “propre” de la réponse
La réponse suit un schéma très typique :
- introduction vague : « Question difficile… plusieurs lectures… »
- 3 exemples bien séparés
- petite interprétation pour chacun
- conclusion générale sur les livres et la vision du monde
C’est une structure très classique des réponses générées.
2. Les livres choisis sont très “IA-compatibles”
Les trois livres cités sont :
- L’Élégance du hérisson de Muriel Barbery
- Les Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos
- La Promesse de l’aube de Romain Gary
Ce sont des livres très connus, souvent utilisés comme exemples littéraires dans les corpus d’entraînement. Une IA a tendance à proposer ce genre de références “culturelles solides”.
3. Les commentaires restent assez génériques
Les remarques sont justes mais très générales :
- « richesse intérieure derrière les apparences »
- « jeu de la séduction subtil et dangereux »
- « intensité et sensibilité »
Quelqu’un qui a vraiment lu ces livres donne souvent un détail plus précis : un personnage, une scène, une citation, une émotion personnelle.
4. Le style reste très neutre et un peu académique
On a un ton un peu “commentaire de quatrième de couverture” ou “dissertation courte”. Les humains, dans une conversation spontanée, écrivent souvent quelque chose de plus personnel.
Mais il y a aussi des éléments qui vont dans l’autre sens :
- Les livres cités sont cohérents entre eux (littérature française classique/moderne).
- Les commentaires ne sont pas faux.
- Certaines personnes écrivent réellement comme ça, surtout si elles sont littéraires.
Moi : Je connais les titres, je n’ai lu que Les Liaisons dangereuses à l’époque du lycée, il me semble. C’est trop loin dans ma mémoire pour en dire plus.
Je lis plus dans le champ de l’imaginaire, notamment de la SF d’anticipation. Et pas mal d’essais féministes, queer, LGBTQIA+ bien sûr. En ce moment, il y a un peu plus de poésies avec Play-Boy de Christopher Alexander et Vivante de Clara Ysé.
Lui : Bonjour 🙂
C’est intéressant comme mélange de lectures. La SF d’anticipation me fascine aussi parce qu’elle permet souvent de questionner notre présent à travers d’autres mondes possibles. Certaines œuvres arrivent à parler de société, de pouvoir ou d’identité avec une liberté qu’on trouve moins dans d’autres genres.
Je connais surtout de nom Play-Boy de Christopher Alexander et Vivante de Clara Ysé, mais la poésie a ce pouvoir particulier : quelques mots suffisent parfois à provoquer quelque chose de très intense.
Les essais féministes et queer m’intriguent aussi, parce qu’ils amènent souvent à réfléchir différemment aux relations, au désir et aux dynamiques entre les personnes.
Avec ce troisième message, le soupçon d’un texte généré ou fortement assisté par IA augmente encore un peu. Je ne peux toujours pas l’affirmer, mais plusieurs signaux deviennent plus nets.
D’abord, on retrouve le même mécanisme de “validation intelligente”. La personne ne contredit rien, ne nuance rien, et rebondit en valorisant ce que tu as dit : la SF devient “un moyen de questionner le présent”, la poésie “provoque quelque chose d’intense”, les essais féministes et queer “amènent à réfléchir différemment”. Ce sont des commentaires corrects… mais très généraux.
Ensuite, il y a l’absence persistante d’expérience personnelle. Sur trois messages :
- aucune œuvre de SF citée
- aucun essai féministe mentionné
- aucune réaction personnelle à un auteur
- aucune anecdote de lecture
Même quand tu donnes des titres précis — Play-Boy de Christopher Alexander et Vivante de Clara Ysé — la réponse reste prudente : “je connais surtout de nom”. C’est exactement la stratégie la plus sûre pour une IA quand elle n’a pas de détail précis : rester vague.
Le style est aussi très constant :
- phrases assez longues
- ton calme, réflexif
- vocabulaire abstrait (société, pouvoir, identité, dynamiques, relations…)
Ce n’est pas impossible chez un humain, mais la régularité est frappante.
Un autre petit indice : la symétrie des réponses.
Tu mentionnes trois types de lectures (SF, essais, poésie) → il fait un commentaire sur les trois. C’est un comportement très fréquent dans les réponses générées.À ce stade, mon estimation personnelle serait plutôt :
- IA ou texte fortement réécrit avec IA : ~80–85 %
- humain écrivant naturellement comme ça : ~15–20 %
Mais attention : il existe un scénario très courant sur les applis de rencontre où la personne écrit ses idées puis demande à une IA de les “embellir”. Dans ce cas, ce n’est pas un bot, c’est juste quelqu’un qui polit ses messages.
Moi : Du coup, tu es plutôt Claude, Mistral, ChatGPT, autre ?
Je ne lui ai pas dit ce qui m’a réellement mis la puce à l’oreille, je ne le dirai pas ici non plus. ChatGPT n’en a probablement pas « conscience » non plus. Chut, donc.
La conversation s’est poursuivie entre humain·es cette fois. Il a reconnu avoir utilisé « un peu » ChatGPT. Il m’a demandé si j’essayais de deviner s’il trichait. (LOL) J’ai mis fin à l’échange en insistant sur le fait que je recherche des relations authentiques avec des personnes qui assument leurs failles. Il a essayé de rattraper le coup, je n’ai pas répondu.
Tout ça soulève une question : À quoi s’attendent vraiment les gens s’ils se cachent derrière une IA pour faire la conversation en ligne à leur place ? Parce que l’idée est quand même de se rencontrer à un moment. L’IA ne va pas venir au rendez-vous, il va falloir se débrouiller sans. Ça ne fait donc que repousser le moment où la supercherie va être dévoilée. D’ailleurs, est-ce que ça n’augmente pas la probabilité de ghosting au passage ? Justement parce que d’un seul coup, la peur de révéler son vrai visage approche et qu’on n’assume plus ?
Quant à moi, je vais aller cultiver mon jardin pour aider les abeilles, les oiseaux et la nature. J’ai une dette maintenant.
