Vous avez l’impression de passer à côté de votre sexualité ?
Pas de panique, Jüne du compte Instragram Jouissance Club fait souffler un vent de fraîcheur et d’espoir en proposant un manuel d’éducation sexuelle promouvant le plaisir accessible à tous, femme, homme, non-binaire, hétéro, homo, bi, etc !
Elle propose de mettre de côté la pénétration pour se concentrer sur les 1001 façons de se donner du plaisir autrement, de manière décomplexée, jubilatoire et bienveillante.
À l’aide de nombreux schémas sobres et élégants, elle propose une cartographie des multiples zones qui procurent du plaisir et un inventaire des mouvements orgasmiques.
Préambule nécessaire : Je ne suis pas le cœur de cible de cet ouvrage. Je suis une utilisatrice déjà trop avancée. Sans surprise, je n’ai rien appris. J’ai même détecté quelques erreurs au passage. Mais passons. Pourquoi l’avoir lu alors ? Parce qu’il est souvent mentionné dans les annonces des hommes sur les sites de rencontre et que certains ont compris qu’il y avait un filon à exploiter. Au même titre que les livres de Mona Cholet. Je voulais donc savoir à quoi j’avais affaire en face.
Je sais que l’écriture de ce livre part d’une bonne intention, qu’il a aidé beaucoup de monde à se réapproprier son corps et à avoir une sexualité plus épanouie. Je le sais, et pourtant je l’ai détesté et je ne le recommanderai pas. Pour tout ce qui est anatomie, les informations sont disponibles partout maintenant de toute façon. Pour le reste, j’ai eu un peu la nausée.
Ce que je lui reproche par-dessus tout, c’est son manque de sincérité. Au sens propre. Pas une seule fois, il n’est fait mention de la sincérité dans l’acte sexuel. Il n’est pas non plus fait mention de cet autre organe sexuel dont beaucoup disposent : le cerveau. De là, on se retrouve avec un guide pratique comme il en existe depuis longtemps avec une accumulation de techniques purement mécaniques à mettre en œuvre pour faire jouir son ou sa partenaire. Ces questions qui commencent par « Comment (la/le) faire… » étaient déjà d’actualité quand j’avais 16 ans et que la chose sexuelle me travaillait (c’était il y a 30 ans, Internet balbutiait). Elles sont normales et légitimes ; on passe toutes et tous par là. Ce qui me pose problème ici, c’est l’accumulation d’injonctions à jouir, à prendre du plaisir, à en procurer, à provoquer le phénomène fontaine, à être des pros en tout grâce à ce guide. Et le mot « pro » apparaît beaucoup trop souvent pour ne pas provoquer un malaise. On en revient à la question de la performance et à comment être un bon coup. L’autrice utilise même le terme looser à un moment pour qualifier celui ou celle qui n’arriverait pas à s’en sortir avec une des techniques en particulier. Help!
Dans ce livre, plusieurs pages sur les techniques d’exploration du vagin se concluent par : « Ce mouvement peut être douloureux pour certaines personnes, alors vas-y mollo et écoute son corps. » Ce qui rend d’ailleurs la lecture de se passage assez désagréable quand un inconfort est lié à ces pratiques. Mais encore une fois, passons. Paradoxalement, il semble y avoir un accent mis sur la communication à plein d’endroits, sauf là. Écoute son corps… Comme si la personne en face n’avait soudainement plus la capacité de s’exprimer pour dire « stop, ça fait mal, j’ai déjà testé et je n’en garde pas un bon souvenir ». Comme si nous évoluions dans un monde idéal où d’un côté, on aurait appris à parler sans avoir peur de décevoir l’autre et de l’autre, on aurait appris à accepter qu’un non est un non et c’est pas grave.
Ce livre ressemble fichtrement à un manuel avec plein de solutions clé en main. Hélas, il semble être un peu trop lu par les hommes qui cherchent à gonfler leur ego. « Moi, je sais faire jouir une femme. Je suis un bon coup. » Plutôt que de suivre des techniques pour tenter de provoquer l’orgasme du siècle, soyez sincères dans votre démarche, travaillez en collaboration avec l’autre. Si vous avez vraiment envie de procurer du plaisir à votre partenaire, posez-lui la question de comment faire et si la personne ne sait pas, explorez ensemble, proposez, écoutez, demandez le consentement, demandez si la personne en a vraiment envie plutôt que d’imposer des techniques en lousdé façon « je sais tout mieux que toi, tu vas être épaté·e » d’un énième guide sexo qui donne l’impression d’être un morceau de viande interchangeable avec le voisin ou la voisine.
Pour l’anecdote, la première fois que j’ai couché avec une femme (il y a environ dix ans), j’ai été tentée d’aller regarder les tutos sur Internet pour me rassurer et savoir comment bien la lécher, comment bien la doigter, comment la faire jouir, etc. Assez rapidement, j’ai refermé tout ça et je me suis dit « on verra bien sur le moment » et sur le moment, ça s’est très bien passé parce que j’ai écouté mon instinct, j’ai écouté son corps et mes envies d’elle, j’ai écouté ce qu’elle avait à dire, j’ai suivi son plaisir, j’ai improvisé, j’ai aussi appliqué ce qui avait été appliqué sur moi et elle a joui. Et je sais que c’était un vrai orgasme parce que je l’ai senti sous ma main. J’ai aussi rencontré des femmes qui refusaient de lâcher-prise pour des raisons qui leur appartiennent, et c’était leur droit. Sans doute que ça fait de moi une looseuse… ou peut-être que je les ai respectées tout simplement.
Accessoirement, j’ai détesté le ton de l’autrice qui se veut bonne copine parlant de sexe sans complexes et avec humour. On frôle quand même souvent la vulgarité qui fait faire la grimace.

