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Oui, je parle bien de moi. Enfin, pas tout à fait. Je me suis retrouvée à plusieurs reprises dans des situations où l’attitude de la personne en face me faisait très clairement comprendre qu’elle pensait que j’étais une prostituée. 
 
C’est arrivé dans un premier temps sur les sites de rencontre où, deux ou trois fois, on m’a demandé si je n’étais pas une escort, tout en rajoutant être prêt à payer pour me rencontrer. Le doute est plus ou moins légitime. Sans aller jusqu’à la prostitution, il ne serait pas étonnant que certaines retirent des avantages en nature ou en espèces de leurs prestations physiques. Après tout, pourquoi s’en priver quand il y a un vaste choix d’hommes en manque à vos pieds. Pas plus tard qu’hier, je suis tombée sur une fiche d’une femme demandant explicitement de ne pas venir les mains vides chez elle. Une question de savoir vivre, paraît-il. « Baise-moi comme une chienne, mais avec un bouquet de fleurs. » Autant en profiter, ça sentira le sperme, le latex et la tulipe après comme ça.
 
Reste que la première fois qu’on m’a proposé de l’argent pour me rencontrer (ou un dîner dans un resto ultra-chic pour une soirée überchaude, ce qui revient un peu au même vu la façon dont ça m’a été présenté), je l’ai un peu mal pris. Déjà parce que ça prouve que la personne manque de logique et de discernement : la prostitution étant interdite sur ce genre de sites et mon profil ayant plusieurs mois au compteur, si je faisais dans la rencontre tarifée, on m’aurait balancée depuis fort longtemps à la modération. Ensuite, parce que vraiment, j’ai ce principe à la con : je tiens à partager tous les frais. Parce que les bons comptes font les bons amis et, surtout, par-dessus tout, parce que je sais ce qu’est la dette sexuelle. Mais ça, forcément, mon interlocuteur ne peut pas le deviner au premier abord. Et pour être honnête, ça arrive généralement après plusieurs tentatives infructueuses de tchat. Si « bjr, t’es bonne, tu mates » ne fonctionne pas au bout de la quinzième fois, c’est qu’il doit falloir me montrer un billet pour attirer mon attention…
 
La seule exception à ma règle de la poire toujours coupée en deux, c’est mon dominant. Je me suis fait violence et j’ai décidé d’accepter ses cadeaux, car il y a toujours une symbolique associée. Fort heureusement, comme je me suis moi-même équipée en accessoires divers et variés avant de le rencontrer, j’épargne pas mal son porte-monnaie, et ma mauvaise conscience.
 
C’est d’ailleurs lors de nos rendez-vous que je passe le plus souvent pour une prostituée. Enfin, une « escort », c’est plus glamour. Peut-être parce qu’il y a une différence d’âge visible entre nous et qu’il est assez inimaginable qu’on puisse vraiment avoir une aventure. Peut-être à cause de mes tenues qui ne sont pas extravagantes, mais néanmoins toujours soignées avec des chaussures que je qualifie volontiers de fuck-me shoes. Peut-être aussi parce qu’on fait en sorte de ne pas arriver ensemble. Et là, je ne sais pas ce qu’il y a de pire : moi le rejoignant dans la chambre et donc traversant le hall en jetant un « je suis attendue », ou moi arrivant en premier et gérant les sous-entendus du réceptionniste au moment de récupérer la clé : « C’est monsieur qui réglera en arrivant, je suppose ? »… J’ai réglé ce jour-là, histoire de laisser planer un doute. Mais il évident qu’ils ont l’habitude. En vérité, nous nous en amusons beaucoup quand ça arrive. 
 
Pour conclure, et parce que j’ai choisi d’illustrer ce post avec The Secret Diary of a Call Girl. Hannah, qui est escort dans la série, s’impose des règles dont la première dit : « Gardez votre vie et votre boulot séparés. Deux téléphones, deux chambres à coucher et des espaces séparés dans le placard, pour Hannah et pour « Belle ». » Et, j’ai beau ne pas être une professionnelle, ça ressemble fichtrement à mon organisation pour assurer la tranquillité de mon esprit et de ma vie privée. Comme quoi…