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« Elle était exactement faite pour mon désir. Je lui chuchotai Je voudrais vous faire l’amour. Elle rit légèrement, Maintenant ou tout de suite ? »
Un homme amoureux de deux femmes, et que cela ne dérange en rien, quoi de plus banal aujourd’hui ? Le temps n’est plus où le péché d’adultère inspirait aux coupables les pires tourments – et à la littérature ses œuvres les plus incandescentes.

Je n’avais pas encore eu la curiosité de lire d’autres livres de Belinda Cannone jusqu’à présent. La Tentation de Pénélope me suffisait. Non pas parce que j’avais été refroidie, mais au contraire, parce que c’est devenu l’une de mes références en matière de parole de femme libre. 
C’est un fil en aiguille de plus qui m’y a finalement amenée. Un jour, un couple me parle d’un blog, espérant partager avec moi des écrits qu’ils trouvent excitants et qui pourraient servir à me chauffer un peu. Je dévore le blog en ne gardant que ce qui permet de comprendre le cheminement de la jeune femme au clavier (et quel cheminement !). Exit donc les récits érotiques et les portraits des hommes mariés infidèles, ainsi que les conseils très virtuels et déplacés à leurs épouses délaissées. Exit aussi le couple qui n’a jamais réussi à se faire à l’idée que non, il n’y aurait pas de rencontre, alors que j’avais toujours été droite dans mes bottes. Il n’empêche qu’indirectement, grâce à eux, j’ai eu envie de me replonger dans Belinda Cannone. Il y a eu surtout les mots de la blogueuse qui m’ont intriguée. Après avoir lu le livre, je sais exactement pourquoi ce livre lui a été offert. Je sais aussi exactement pourquoi je vais le glisser dans les mains de l’amant. Et les deux « pourquoi » n’ont pourtant rien à voir l’un avec l’autre.
Depuis que je suis polyamoureuse, j’ai un peu plus de réticences vis-à-vis des histoires d’amour triangulaire. Au lieu d’un « il faut absolument faire un choix entre les deux », j’ai maintenant tendance à envisager la solution qui propose de ne pas en faire, car je sais que c’est aussi une possibilité, même si elle reste rare. À chaque fois qu’il y a triangle dans une histoire, j’espère que l’auteurice, ou lea scénariste, me surprendra en ne prenant pas la voie toute tracée que le public attend parce que c’est là que la morale se situe et qu’il est bon de ne pas faire de vagues. Connaissant les idées défendues par l’autrice, j’ai eu une petite boule au ventre du début à la fin de ma lecture. Et si elle choisissait de choisir ? Est-ce qu’elle allait me décevoir cette fois ? Je vais laisser planer ce suspense, car le livre est très court et il se lit très vite.
Malgré tout, je pourrais dire mille choses sur cet ouvrage. J’ai adoré la plume, le style, la poésie, les mots justes. Cannone saisit ce « nu intérieur » qui est ce qu’il y a de plus intime dans un être. C’est quelque chose que l’on se voile parfois à soi-même, donc, quand il s’agit d’en offrir la vision à l’autre, est-ce alors le don d’une chose très précieuse ? une marque de confiance ultime ? la formulation d’un espoir ? autre chose de trop complexe pour le qualifier ? Ce « nu intérieur » m’a parlé intimement, même si les mots sont ceux d’un homme, sans doute parce que certains pourraient être exactement les mots employés par l’un de mes hommes justement. À travers ce personnage masculin, il y a l’expression de l’universalité des rapports entre les êtres humains amoureux : la passion, la peur, la joie, la complexité, la jalousie, l’indécence, la luxure, le doute, la colère, l’espoir, l’inconnu, le désir, la sérénité, les pincements au cœur et les papillons dans le ventre. En parallèle du voyage doublement amoureux, le voyage introspectif soulève des questions existentielles que nous nous sommes tous posées ou serons amenés à nous poser selon notre âge et notre parcours. Le livre a beau être court, il met le doigt avec beaucoup de justesse sur tout un tas de sentiments, d’idées, de réflexions. Et pour tout dire, j’ai été émue aux larmes par certaines similitudes avec de belles situations vécues, alors peu importe la fin en fait, le sel du récit est ailleurs.