
Retour dans le passé.
« Ça, non, ça, non, ça, aucune chance, ça, peut-être plus tard, ça… ah oui, ça, ça me parle. » Qu’on le veuille ou pas, aussi grandes que puissent être nos tendances à l’expérimentation, on a tous des critères de sélection pour nos partenaires de choix. Même si, pour certains, le seul qui compte est : « de sexe féminin ».
J’ai eu la chance d’échanger quelques jours après mon inscription avec un homme séduisant, bien dans sa tête, bien dans ses pompes, qui m’a permis de sauter le pas et est d’ailleurs rapidement devenu un régulier. L’activité sur ma fiche s’est calmée d’elle-même au bout de quelques semaines. Tous ceux qui devaient me contacter l’avaient fait. Il ne restait plus que les amnésiques, les revenants qui étaient en pause quand je suis arrivée et les nouveaux. Et sans doute quelques-uns qui avaient délibérément choisi d’attendre un peu. J’ai tranquillement mené ma barque par la suite, mesurant le potentiel de ce que ce monde pouvait m’offrir et évoluant constamment au fil de mes envies, avec parfois quelques surprises, bonnes et mauvaises, sur ma route.
Autre effet évident et très personnel, j’ai rapidement pris du recul et commencé à vraiment observer et analyser ce microcosme, à discuter longuement avec certains de mes contacts sur leur approche, leurs expériences. C’est à ce moment que j’ai compris qu’il y avait les libertins… et les autres (consommateurs, manipulateurs, vaniteux, miséreux affectifs, égarés, accros…). Quelques mois plus tard, j’ai découvert cet article, qui mettait parfaitement des mots sur mes impressions et que j’ai largement diffusé auprès de mes petits camarades partageant ce même état d’esprit libertin que moi.
Je trouve très cynique cette image de la femme seule qui fait son marché dans un immense catalogue selon des critères obscurs qui lui appartiennent, pourtant, c’est très proche de la réalité. Nous avons l’embarras du choix et le pouvoir de décision. Pas étonnant que la femme seule n’ait presque jamais à payer. Si l’on exclut les couples qui cherchent des couples ou des hommes seuls, c’est la clé de voûte du système. Autant dire que j’aurais pu rester totalement passive en attendant les princes charmants à mon goût. D’ailleurs, c’est ce que je fais, je me cantonne à la facilité et la passivité. Je n’ai jamais eu à me lancer dans une démarche de recherche pour trouver des partenaires masculins. Par contre, il m’est arrivé à quelques reprises d’engager la conversation avec des hommes que j’avais vu passer silencieusement sur ma fiche. Parce que, parfois, ça tilte ; le feeling (le fameux) superpose de manière tout à fait inexplicable un halo lumineux à un profil. Il se passe alors un phénomène plutôt amusant : moi qui devrais être flattée de tous ces compliments que je reçois au sujet de mon physique suis devenue assez blasée, tandis que ma contrepartie masculine se trouvant soudain courtisée alors que lui est devenu blasé de tous les refus essuyés au fil des mois est plutôt flatté de l’attention qu’il suscite.
L’année suivante, j’ai eu la sensation d’avoir fait le tour de ce premier site, le turn-over n’était pas énorme et, en dehors de quelques amis qui me retenaient là, j’avais besoin d’élargir mon horizon. C’est une des raisons qui m’ont poussée à m’inscrire sur un autre site du même type, mais plus gros, plus fréquenté et surtout tellement mieux conçu et joli. J’y avais déjà une fiche couple et je me frottais à la femme seule pour la première fois en étant de l’autre côté du miroir. J’avais besoin de comprendre ce que c’était d’être à sa place sur ce site-là. Car oui, pour moi aussi, elle représente un mystère.
Et puis, il y avait aussi ce profil que j’avais vu passer sur la fiche couple et qui avait mystérieusement retenu toute mon attention, mais que je ne pouvais pas aborder de cette manière-là. Il m’a hanté pendant deux mois avant que je ne craque.
Avec l’expérience et de bons points de repère, j’ai beaucoup mieux supporté la vague. J’ai même joué avec elle. Je me suis inscrite un dimanche matin et je suis restée connectée toute la journée. Je n’ai fait que répondre aux messages les uns après les autres pour décliner, échanger quelques banalités polies, repérer quelques profils sortant du lot. Et attendre que l’objet de mon désir se présente de lui-même, car ça arriverait forcément à un moment ou à un autre ; j’étais coiffé de mon plus beau gyrophare de nouvelle après tout.
En quatre jours, le gros de la vague était passé et ça avait été totalement indolore. Elle avait été plus intense mais plus courte que la première, j’avais enfin quelques éléments de réponse sur la bonne manière d’aborder une femme seule sur ce site et la conversation était plus que prometteuse avec L’homme que j’aurais fini par contacter s’il ne l’avait pas fait. Ce changement de terrain de jeu m’a permis de mesurer mon évolution assez imperceptible dans cet univers. Quand je dis qu’il y a moyen de retirer beaucoup du libertinage, aussi bien humainement que spirituellement…
À suivre : Ô mystérieuse femme seule, qui es-tu ? 2/2 : les autres.

