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Présentation de l’éditeur : Comment déjouer les échecs de la vie conjugale ? Comment faire de la vie de couple une relation harmonieuse et durable ? Un témoignage qui propose une nouvelle façon de vivre les échanges amoureux.
Face à l’échec du mariage, il est temps de réfléchir à de nouvelles façons de vivre le couple.
En plein essor en France et en Europe, le polyamour peut être une solution.
Le polyamour n’est ni libertinage, ni aventure d’un soir : c’est l’art d’aimer plusieurs personnes à la fois, de manière libre, respectueuse et assumée.
Comment sait-on que l’on est polyamoureux ?
Quand et comment le devient-on ?
Comment fait-on pour gérer la jalousie entre les partenaires ?
Autant de questions que la sexologue Magali Croset-Calisto aborde à travers un témoignage de vie moderne et audacieux construit tant à partir de son vécu de femme que de son expertise en cabinet de consultation. Car quoi de mieux que l’expérience personnelle et l’approche professionnelle d’une sexologue pour évoquer en toute intimité les différents enjeux de l’amour et de la sexualité dans notre société ?
L’ouvrage porte assez bien son titre, il faut le reconnaître. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un essai sur le sujet du polyamour, mais effectivement plutôt de fragments de pensée noyés dans tout un tas d’autres considérations. Et c’est sans doute là que réside le problème principal de ce livre. Magali Croset-Calisto est sexologue et polyamoureuse, elle a donc accès à la fois à la théorie et à la pratique intime pour étayer son propos. Autant dire qu’elle maîtrise son sujet et que certains passages sont percutants de lucidité. Le hic, c’est qu’elle ne savait visiblement pas trop comment présenter les choses. Elle s’est donc embarquée dans la confection hasardeuse d’une soupe à base d’échanges avec ses amants, avec son rédacteur en chef, avec une journaliste, avec des patients dont elle dit ne pas pouvoir s’inspirer pour des raisons éthiques, mais qui sont tout de même présents pour d’autres raisons, et d’une mise en abyme maladroite sur l’écriture même du livre. Planant sur tout ça, il y a en plus un sentiment d’urgence à écrire, motivé par le besoin d’être une des premières à en parler et par la mission confiée par l’un de ces amants dominant qui lui impose un silence radio total tant que le livre n’est pas achevé. Broderie et répétitions deviennent rapidement les signes évidents de cette urgence. Son
ouvrage sur le bondage, sorti la même année, ne souffre pas des mêmes problèmes, sans doute parce qu’il n’a pas été l’objet d’un quelconque défi ou d’une course contre la montre.
Une fois le tri fait, il reste quand même un peu de matière à réflexion : des choses bien vues et bien dites, des pensées de la sexologue, des pensées de philosophes et des réalités sur la vie de couple qui mériteraient d’être énoncées au journal de 20 h de TF1. Finalement, l’essentiel est dit dans l’avant-propos qui semble avoir été conçu après coup en repiquant les meilleures phrases du livre. Les passages sur les différentes structures du couple et sur Eros et Philia sont très intéressants aussi. Pour le reste, c’est un peu trop léger pour en faire un ouvrage de référence sur le polyamour. Le sujet méritait un peu plus de sérieux dans l’approche et dans le traitement.
Car le polyamour, c’est cela : la faculté de pouvoir aimer et désirer plusieurs personnes en même temps, sans que cela n’ôte quoi que ce soit à chacune des relations vécues. Fondé sur la réciprocité des échanges, le polyamour engage la conscience que le bonheur, la joie et les plaisirs vécus sans nous, ne nous enlèvent rien à nous. Au contraire. Cela témoigne de la force de confiance qui se joue entre deux êtres. La sexualité n’est pas un gage exclusif de fidélité.
Fragments d’un discours polyamoureux est une invitation au voyage pour les créateurs et les questionneurs de l’amour. Une invitation au voyage humaniste et poétique. En tant que transport amoureux, transport philosophique et transport psychique proposant une autre culture de l’art d’aimer. Car toujours, le polyamour honore et cultive la rencontre d’exception. Une exception telle qu’elle ne peut s’ignorer. De la rareté d’une rencontre. De la possibilité aussi de cumuler les raretés lorsqu’elles adviennent de manière concomitante. Voilà en quoi le polyamour est exigeant, altruiste et éclairé. La disponibilité du polyamoureux est une prédisposition non pas à la facilité mais à l’exception. Aux ravissements qui scandent et définissent une vie. Aux rencontres qui créent une poésie.
Il faut accepter le plaisir sans se cacher : la plupart des gens s’interdisent le plaisir dès qu’il est permis. Il est plus facile de prendre du plaisir dans la transgression, c’est-à-dire de voler son plaisir en se cachant derrière quelqu’un représentant l’interdit, que de s’autoriser cette ouverture, cette suspension pour profiter des moments où l’on est ensemble sans se réfugier contre quelqu’un supposé l’interdire.