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Il faut en avoir [du temps] devant soi pour une joyeuse partie de jambes en l’air. On peut faire des pauses, boire un verre, fumer une clope, reprendre, s’arrêter, discuter un peu, reprendre encore. Casser le schéma préliminaire-pénétration-jouissance et explorer le corps de l’autre sans objectif précis hors celui du plaisir partagé. Et il faut également du temps pour découvrir sa sensualité, sa sexualité, ses envies, ses fantasmes, ses tabous, ses limites. Je mets toutes les chances de mon côté en invitant un amant quadra. Un homme qui n’a pas appris le sexe sur youporn.com, qui n’est pas dans le culte de la performance, qui a développé un vrai imaginaire tout en n’oubliant pas l’animalité du corps. Oui, je l’avoue, j’ai une petite dent contre les mecs de 20 à 30 ans… Mais, qui sait ? À 40 ou 50 ans, je me tournerai peut-être vers eux.

En fait, je ne vous ai pas dit ? J’ai écrit un livre… Ah non, pardon, ce n’est pas moi. C’est Camille Emmanuelle. Pourtant en lisant cet extrait, j’ai eu l’impression de me relire. Puis, j’ai eu envie de faire comme le professeur Moustache quand il rencontre un scientifique : un signe secret pour signifier : « On est de la même tribu. »

 

 

Je commence par une sorte de parenthèse, mais l’intérêt principal de ce guide tient justement dans le fait qu’il ne s’agit pas d’un bête guide comme le Paris Love du Petit Futé (à tout hasard, car je l’ai aussi à portée de main et que les catégories sont grosso modo les mêmes). Déjà, ce n’est pas exhaustif. Pour chaque catégorie abordée, il y a une petite sélection des possibles. Et ensuite, les avis sont très très personnels. Il ne s’agit pas de dire : « Le club est ouvert tous les 29 février, de 22 h 30 à 4 h. Homme seul : 120 €. Couple : 70 €. Femme seule : gratuit. Avec son décor ambiance bonne franquette, Gérard et Prunille vous accueillent, en slip léopard, depuis 24 ans dans leur club savamment meublé d’une croix de Saint-André et d’un comptoir de bar en formica. Ne ratez pas leur assortiment de cacahuètes salées, c’est autour d’elles que vous ferez les plus belles rencontres. », mais plutôt de parler un peu avec le propriétaire, d’avoir un aperçu de l’histoire du lieu, de parler population aussi (et à Paris, on tombe apparemment très vite dans l’étalage de signes extérieurs d’injonctions sociales bien assimilées). Des petits symboles seront toujours là pour indiquer assez clairement si le lieu à la cote auprès de l’auteur ou pas… des fois que vous auriez du mal à lire entre ses lignes quand elle n’est pas fan.

Bien entendu, ces avis n’engagent qu’elle et libre à chacun d’aller se faire sa propre opinion. Après tout, le sous-titre est : Le guide qui donne envie de… découvrir la capitale des plaisirs. Mission en partie réussie en ce qui me concerne. Pour la partie club, si l’occasion fait la larronne, j’irai en effet me faire mon avis pour certains, et en éviterai soigneusement d’autres. Pour tout ce qui est nourriture, aucune adresse ne m’a tentée et je préfère traîner mon libertin favori local dans des lieux qui nous conviennent bien plus à tous les deux. Les boutiques mentionnées ne m’ont pas plus convaincue. Qu’il s’agisse de lingerie, de chaussures et autres vêtements coquins, tout ça est largement au-dessus de mon budget de représentation. Puis, c’est bien beau de rêver devant un bout de dentelle à 150 € qui fait office de culotte, mais si j’ai 150 € à dépenser en lingerie, j’irai plutôt les investir chez Sacha Kimmes ou What Katie Did. En fait, niveau envies, mon attention a surtout été retenue par la partie « mater », c’est-à-dire les musées et les curiosités culturelles. On ne se refait pas… J’ai besoin de me remplir la tête avant de remplir tout le reste. D’ailleurs, c’est bien pour ça que j’ai littéralement dévoré ce livre.
 
La limite d’un guide, c’est bien sûr sa durée de vie. Surtout que l’autrice le dit et le redit : Paris bouge beaucoup, les lieux changent de propriétaire, ouvrent, ferment. L’objet livre est joli et l’approche finalement assez originale, car largement enrichie d’expériences personnelles, d’informations et d’anecdotes, mais comme tout guide, il sera périmé d’ici quelques années. Restera la plume critique, légère et drôle de Camille Emmanuelle. Et rien que ça, ça vaut le détour.
En bonus, un extrait d’interview, qui me paraît tellement vrai.

Le libertinage s’est en quelque sorte démocratisé à Paris. Bonne ou mauvaise nouvelle, selon vous ?
Le libertinage ne concerne pas davantage de personnes aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Si cette pratique n’était pas démocratique au départ, cela signifie qu’il était dans sa nature même de ne pas l’être. C’est comme si l’on disait que l’on va démocratiser l’homosexualité. On est homosexuel ou on ne l’est pas. De la même façon, on ne décide pas d’être libertin, cela ne se fabrique pas.