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« Rassurant, précis, efficace ». Ce sont les premiers mots que l’on peut lire sur la quatrième de couverture. C’est un bon résumé en effet. L’ouvrage se lit vite, le vocabulaire est simple et il n’y a pas de digressions à rallonge. Son articulation va droit au but. Après avoir listé les principales manifestations des troubles qui peuvent venir perturber le bien-être sexuel féminin (les 3M : muqueuse, muscle, mental), il y a une reprise chronologique de ce qu’est la vie d’une femme avec un appui prolongé sur tous les points où il peut y avoir un blocage qui entraînera une ou plusieurs des manifestations ci-dessus. Est-ce que les parents voulaient un garçon et sont déçus d’avoir eu une fille ? Comment ont été perçues les premières règles ? Comment est perçu le sexe féminin ? Est-ce que le corps de la petite fille a été trop protégé, trop sanctuarisé au point qu’elle n’a jamais osé s’explorer ? Est-ce que les pratiques religieuses sont omniprésentes ? Est-ce que la première fois était avec le premier venu pour faire comme les copines et ne pas être à la ramasse ? Comment était la relation avec la mère ? Le père ? Est-ce que le partenaire met une pression permanente sur la femme pour la faire céder et se soulager égoïstement ? En informatique, on place des points d’arrêt quand on veut déboguer du code et trouver la source du problème. Eh bien, ici, c’est le même principe, on cherche le point d’arrêt dans la vie qui a entraîné le problème. Parfois, c’est un tout petit nœud à défaire et c’est vite réglé, parfois, c’est bloquant et ça va prendre du temps.
Il y a fort à parier que toutes les femmes se retrouveront dans ce livre à un moment ou à un autre, qu’elles aient déjà trouvé une solution ou pas. En tout cas, je m’y suis retrouvée, notamment sur la pudeur qui peut entourer les questions basiques d’une adolescente sur son corps et sa sexualité. J’aurais certainement pu les poser, ces questions, et obtenir des réponses, je sais a posteriori que mes parents auraient répondu sans doute de manière un peu clinique, mais l’invitation à le faire n’a jamais été clairement énoncée. Comme quoi ça ne tient pas à grand-chose parfois. J’ai donc fait comme beaucoup, j’ai trouvé des réponses autrement à une époque où Internet n’était pas encore dans tous les foyers. J’ai aussi absorbé au passage des bêtises et des idées reçues qu’il a fallu dézinguer progressivement par la suite. Je pense que je ne m’en suis pas si mal sortie et que je suis loin d’être statique dans ma démarche d’épanouissement sexuel. L’essentiel, et c’est ce que veut montrer cet ouvrage, c’est d’avoir la volonté de se mettre en mouvement. À partir de là, tout devient possible.

Ce livre, c’est un livre tremplin. On peut y trouver une impulsion, que l’on soit une femme (ou même un homme accompagnant une femme dans cette démarche). C’est une façon de lutter contre l’enfermement que la souffrance liée à la sexualité peut impliquer, quelle qu’en soit la raison profonde et quelle qu’en soit la gravité. Une façon de dire : « vous êtes loin d’être seule et il y a vraiment des solutions à la plupart des problèmes, mais rien ne se fera sans que vous ne leviez le petit doigt à un moment. » Avoir la main sur sa sexualité, c’est aussi avoir la main sur son propre corps et pouvoir dire : je ne veux pas, j’aime, j’ai envie, je désire, je jouis parce que je le vaux bien. Forcément, je ne peux que conseiller ce livre ou conseiller de le conseiller parce qu’il est bon pour les femmes. Et en plus, il va très bien avec le Sexpowerment défendu par Camille Emmanuelle.


Malgré toute la médiatisation et les récentes publications sur la mécanique sexuelle féminine, les femmes ont encore une représentation archaïque de leur fonctionnement sexuel. Elles pensent que le plaisir clitoridien est mineur, elles attendent la révélation suprême de l’orgasme vaginal. Bref, elles divisent encore leur sexe en morceaux ! Le clitoris d’un côté, le vagin de l’autre. Elles pensent à tort que le clitoris, c’est pour les débutantes, et que le vagin, c’est pour les femmes mûres, les vraies pros de la sexualité. Ce temps-là est révolu !

Les Femmes et leur sexe, Heidi Beroud-Poyet et Laura Beltran, p. 254.

Tout d’abord, le point G n’est pas exactement un point, mais plutôt une zone rugueuse à l’intérieur du vagin, située sur la face intérieure.
Pour faire simple : si vous insérez un doigt dans votre vagin, pas très profondément, à trois ou quatre centimètres ; c’est la zone au-dessus de votre doigt qui est concernée. Cette zone G rentre en contact avec le clitoris interne quand il y a des contractions liées à une pénétration, à l’excitation ou à des contractions périnéales volontaires. Dans ce cas, le clitoris interne augmente de volume, car son tissu érectile se gorge de sang et crée comme une petite boule dans le vagin. C’est donc sous l’effet de contractions réflexes ou involontaires qu’une femme peut ressentir cette zone érogène. S’il n’y a pas de contractions, il n’y aura pas de ressenti. En résumé, si vous voulez le ressentir, il faut sentir les muscles du vagin, les mettre en mouvement, en les contractant, en relâchant, et stimuler le clitoris, afin de favoriser les appuis sur cette zone.

Les Femmes et leur sexe, Heidi Beroud-Poyet et Laura Beltran, p. 236-237.

Clés en main, comment une femme peut-elle ouvrir la porte de la volupté ?
Elle peut seule ou avec son/sa partenaire stimuler uniquement son clitoris, dans ce cas, le plaisir et l’orgasme vont être ressentis comme étant essentiellement clitoridiens.
Elle peut aussi laisser progresser son excitation vers le vagin et stimuler le vagin, l’orgasme pourra alors être ressenti comme vaginal. C’est comme si l’orgasme clitoridien se diffusait en profondeur.
Si une femme se stimule uniquement le vagin, les parties (internes) du clitoris (les racines) entrent en compte. Une femme peut le sentir en introduisant deux doigts dans son vagin, contre la paroi  abdominale, la paume de la main tournée vers le haut. C’est la « zone G », également zone de la « prostate féminine » décrite plus haut.
Elle peut enfin stimuler son excitation autour de l’anus et là, l’orgasme sera ressenti comme anal.
Il n’y a donc pas de différence fondamentale entre ces orgasmes. C’est surtout les mouvements du bassin, les pressions sur telle ou telle zone, le rythme du rapport sexuel de la femme qui vont faire la différence. Mais ce n’est pas si important de savoir distinguer d’où vient l’orgasme. Arrêtons de laisser penser aux femmes que l’orgasme vaginal, c’est le Graal ! L’essentiel est d’être en mouvement et d’oublier la « planche à repasser » !

Les Femmes et leur sexe, Heidi Beroud-Poyet et Laura Beltran, p. 258-259.