L’amour est, et restera toujours, ce à quoi nous ne nous attendions pas. Il nous surprend et nous déstabilise, jusqu’à parfois nous réduire en miettes. Parce qu’il dévoile le sens ou la misère de notre vie, et qu’il révèle nos forces autant que nos faiblesses. Tout cela à la fois. C’est une réjouissante catastrophe…
Aujourd’hui, manifestement, l’amour est à réinventer. Le couple traditionnel et monogame craque de tous côtés, comme un vieux névrosé. Mais, face à lui, la prétendue liberté sexuelle, purement consumériste et narcissique, a comme un goût de mort et de désolation. Inventons autre chose !
L’amour est un art et l’art est difficile. Habiter cette difficulté ne sera pas de tout repos. C’est pourtant la chose la plus belle que nous pouvons faire, ici et maintenant : l’Amour.
Début janvier, je postais sur ce blog une citation que je vais reprendre ici parce que je l’aime bien et que je me reconnais assez dans ces mots quand je prends un peu de recul sur certains moments de ma vie.
Le funambule et l’amoureux tels que je me les représente dans ces pages sont des êtres dont la seule qualité véritable est d’être là et d’accepter l’expérience. Acceptant le danger comme une condition nécessaire à la découverte de la vérité, ils ne sont pas pour autant fascinés par la mort. C’est la vie qu’ils recherchent. Ils observent les signes, ils acceptent les rencontres et les épreuves susceptibles de les bouleverser et de les éblouir, mais ils savent également éviter de tomber. Parce qu’ils savent voir les signes, parce qu’ils sont sensibles, parce qu’ils ont appris, justement, à s’approcher de la vérité, ils savent aussi habiter le réel de façon productive et intelligente. Plus ils dansent sur le fil, plus ils savent y danser. Plus ils aiment, plus ils savent aimer. La vie, la mort, l’amour et le funambulisme sont affaire d’apprentissage. Et la seule condition pour apprendre est d’admettre qu’on ne sait pas encore, qu’on ne saura jamais tout à fait, qu’il faut apprendre encore. Apprendre à vivre, apprendre à aimer ! Apprendre à mourir, aussi…
Vers une libération amoureuse, Yann Kerninon, p. 21.
Il y a plein de passages très bien écrits dans ce livre dans lesquels je retrouve ma façon de penser ou de percevoir le monde, même si je n’ai pas le niveau intellectuel de l’auteur et qu’il s’agit bien plus souvent d’intuitions qui m’habitent, et sur lesquelles je ne mets pas de mots. Il y a aussi des passages qui m’ont fait grincer des dents. Sur la virilité notamment, où l’auteur semble encourager la persistance dans notre société d’une virilité que je vais qualifier de toxique et d’une non-remise en question de leurs comportements par les intéressés. C’est pourtant bien là l’un des objets de ce livre. La virilité me semble justement être l’un de ces points essentiels à questionner, au même titre que la féminité, puisque les deux sont particulièrement habités par le fantasme et que Kerninon souhaite à juste titre que nous vivions un peu plus dans le réel et moins dans le fantasme. Si certains se sentent attaqués dans leur virilité, peut-être serait-il bon qu’ils fassent un petit travail d’introspection pour savoir pourquoi ça les gratte autant. Surtout dans la mesure où cette « virilité » est souvent ce qui sert aux hommes à se mesurer entre eux… Mais passons. Dans l’ensemble, le livre met le doigt sur beaucoup plus de points intéressants que de petites choses crispantes. Il questionne le modèle du couple monogame fidèle, possessif, fusionnel qui ne fonctionne plus depuis longtemps. Il interroge sur ce que nous faisons de nos vies. Qu’est-ce qui les définit ? Sommes-nous notre métier ? Notre fonction dans la société ? Ou sommes-nous plus ou autre chose ? Agissons-nous pour être dans « la norme » ou par mimétisme irréfléchi ? En sommes-nous d’ailleurs conscients ? Et bien sûr, quel sens donnons-nous à notre vie à l’ère de la postmodernité où il est si simple de se laisser aspirer par le vide ? Sommes-nous encore capables d’apprécier le moment présent ?
Ce qui me restera surtout de cette lecture, c’est le concept de l’E.C.P. : l’éponge connerie planétaire, qui met un nom sur un ensemble de constats qui me désolent souvent. J’éprouve régulièrement une forme de frustration à voir le monde cultiver le vide et l’absence de sens profond et à s’y perdre corps et âme, voire à s’en gargariser à longueur de journée. (Le covid et l’urgence climatique sont deux crises qui montrent bien où sont réellement les priorités de certains.) Il y a tant de choses qui nous aliènent et nous éloignent de l’essentiel, qui avec mes mots et beaucoup de simplicité se résumera par : arriver au bout du bout en étant apaisé, en sachant que l’on a fait de sa vie quelque chose en accord avec soi (pour soi, ces quelques autres que l’on aime ou pour un peu plus de monde si ç’a été possible) et que l’on ne regrette rien de trop insupportable. Bref, arriver au bout du bout en ayant eu une vie à côté de laquelle on n’a pas l’impression d’être passé. Apprendre à vivre, apprendre à aimer ! Apprendre à mourir, aussi…
Malgré tout, j’ai un avis personnel assez mitigé au sujet de ce livre que j’ai d’ailleurs mis du temps à finir. D’un côté, Kerninon dit beaucoup de choses que je pense, mais en mieux et avec plus de références philosophiques et littéraires à l’appui. De l’autre, il invite à faire un travail, à mon sens nécessaire, de déconstruction/reconstruction que j’ai déjà entamé et qui restera en cours jusqu’à ma fin. Autant dire qu’il prêche une convaincue. Puis, je me suis demandé à qui je pourrais recommander ce livre autour de moi. Un seul nom est ressorti, celui de quelqu’un en reconstruction. Selon moi, ce n’est pas un livre qui peut avoir un impact sur son lecteur si celui-ci n’est pas déjà dans une démarche de questionnement existentiel ou s’il n’est pas déjà sur une piste proche de celle développée par l’auteur. Pour les quelques lecteurs dans le cœur de cible, ce livre sera rassurant : nous ne sommes pas seuls, il y a encore de l’espoir. Pour les autres, il sera balayé du revers de la main. Et c’est bien dommage. Ce sont sans doute ceux qui en ont le plus besoin.

